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Les enjeux de l’audit social pour l’entreprise : 5 questions à Edouard CASTETS, Directeur qualité chez GERS équipement

Rédigé par La rédaction du C3D, le 14 novembre 2022

Si l’on évoque très souvent la partie environnementale de la RSE, le volet social ne doit pas être en reste. La chaîne de valeur d’une entreprise est notamment de plus en plus scrutée, rendant nécessaire la prise en compte de l’aspect social à chaque étape.

Décryptage avec Edouard CASTETS, Directeur qualité chez GERS équipement.

 

Quel est l’intérêt pour une entreprise de creuser le volet social de la RSE ?

Si on se place du côté de la chaîne d’approvisionnement et de fabrication, une grande partie des usines sont situées en Asie et il faut donc s’assurer que les réglementations locales soient respectées. Ne serait-ce que pour éviter un scandale, mais aussi simplement pour instaurer une éthique de travail et de santé – sécurité (typiquement proscrire le travail des enfants, ne pas avoir des journées de 13 à 16h de travail, avoir suffisamment de jours de repos chaque mois, garantir la sécurité du personnel …).

Il y a deux grands types de donneurs d’ordre : les grandes entreprises, qui ont un pouvoir d’influence important et peuvent généralement envoyer leurs propres équipes sur place pour gérer ces problématiques. Ou les petites et moyennes entreprises, dans lesquelles j’inclus les importateurs comme Gers Equipement, pour qui il est plus difficile de donner des ordres et d’avoir de la visibilité et du contrôle sur place.

Mais dans l’absolu, c’est un sujet qui concerne tout le monde comme le montrent les derniers scandales sur des grandes marques, et donc toute la chaîne de valeur. 

 

Votre entreprise fait partie de Amfori, et vous utilisez le standard Business Social Compliance Initiative (BSCI) pour l’audit de vos usines. En quoi cela consiste-t-il ? 

Oui, cela depuis 2018. Amfori est une association d’entreprises dont la mission est d’aider ses membres à améliorer leurs performances sociales et environnementales dans leurs chaînes d’approvisionnement internationales. Il y a environ 180 membres en France, et plus de 2500 membres dans le monde sur 44 pays. Historiquement, les industries textile et agroalimentaire sont plus fortement représentées.

Concrètement Amfori propose des outils et services – BSCI notamment – permettant à ses membres de répondre aux exigences d’une diligence raisonnable de qualité. 

Nous concernant, nos usines sont identifiées sur la plateforme informatique mondiale, sur laquelle on suit leur conformité sociale dans le temps, avec pour objectif d’avoir la note minimale de C qui correspond à notre propre code de conduite RSE en phase avec les exigences des clients. 

Un audit est fait chaque année par un cabinet externe sur la base des exigences BSCI. Toutes nos nouvelles usines doivent avoir un BSCI niveau C à minima, et nos anciennes usines doivent se mettre à niveau. 

Aujourd’hui, l’enjeu est énorme pour nous puisque nous avons près de 180 fournisseurs et 800 usines qui travaillent pour nous. En 4 ans, nous avons réussi à atteindre environ 80% du montant de nos achats qui sont issus d’usines répondant à nos exigences.

 

Comment rattachez vous cet aspect social à votre stratégie RSE ?

Nous avons de fait un lien fort avec le service achat, qui est responsable du sourcing et du référencement des fournisseurs. Si une dégradation de l’usine apparaît, nous mettons en place un plan de remédiation avec l’usine, et dans le pire des cas nous prenons la décision de changer d’usine. Tout cela est connu et entendu par nos équipes et nos clients, la limite principale étant le temps nécessaire pour sourcer une usine conforme au standard BSCI et qui sait fabriquer nos produits tout en restant compétitive.

 

Voyez-vous des évolutions à venir dans les prochaines années concernant l’aspect social de la RSE ? 

Oui, notamment avec la nouvelle directive CSRD, qui renforce le devoir de vigilance au niveau des donneurs d’ordre avec la mise en place d’un plan d’action dans les usines, y compris pour les entreprises, comme la mienne, qui n’y étaient pas sujettes auparavant. 

On voit même des labels produits comme FSC pour le bois, ou GOTS pour le textile, qui ont inclus des standards sociaux dans leur cahier des charges, en plus des standards produits.

Enfin, les consommateurs sont de plus en plus sensibles à ces questions éthiques, ce qui incite l’ensemble des entreprises à se pencher sur la question !

 

Quels conseils donneriez-vous à une entreprise débutant dans sa stratégie sociale, ses audits, quelle relation avoir avec ses fournisseurs sur ce sujet ?

La traçabilité est clairement la première étape : savoir où sont fabriqués les produits et les matières premières. Les entreprises se structurent progressivement en interne ou investissent dans des nouvelles solutions informatiques pour améliorer la maîtrise de ces informations. Mais cela reste un sujet complexe dans le contexte actuel d’augmentation des prix des matières premières et de crise économique avec beaucoup de freins à lever en premier lieu au niveau de la Direction des entreprises, puis des directions Achats.

Il faut ensuite avoir un code de conduite et s’accorder avec le fournisseur pour qu’il joue la “transparence” sur ses actions. Et cela doit “ruisseler” en quelque sorte au niveau de ses propres fournisseurs. Puis bien sûr vient l’animation et le suivi.