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Dialogue avec les parties prenantes : où en sont les entreprises dans le monde ?

Rédigé par La rédaction du C3D, le 4 mars 2021

Le dialogue parties prenantes constitue un axe majeur d’une politique RSE et développement durable. L’entreprise qui s’engage dans une démarche de responsabilité sociétale a en effet tendance à prôner la transparence auprès de ses parties prenantes et à les associer dans la création de valeur. 

Le Comité 21 et Des Enjeux et des Hommes ont à ce titre présenté fin février un benchmark international des pratiques de dialogue avec les parties prenantes. L’analyse a certes permis de dévoiler un ensemble d’initiatives intéressantes développées par quelques-unes des 300 entreprises interrogées mais a également mis en évidence un gros retard lié à des niveaux de maturité peu avancés chez ces mêmes entreprises. Zoom sur un bilan en demi-teinte révélé par cette étude internationale. 

Le dialogue parties prenantes : une réalité complexe

Le dialogue parties prenantes permet d’établir et de pérenniser la relation avec des interlocuteurs dont l’existence et l’évolution impactent la vie d’une entreprise. Théorisée par R. Edward Freeman, la notion de « stakeholders » implique une prise en compte des intérêts de l’ensemble des acteurs, internes et externes, gravitant autour des activités d’une organisation. Par parties prenantes, comprenons un ensemble d’acteurs allant du collaborateur au consommateur en passant par les fournisseurs, les ONG, les médias… Le dialogue parties prenantes prend en compte la gestion de l’information et de la communication auprès de ces acteurs mais également le déploiement d’une relation de concertation permettant de renforcer le caractère légitime des actions menées par l’entreprise.

Cette concertation semble aujourd’hui indispensable car les nouveaux défis sociétaux nécessitent une mobilisation et une collaboration de l’ensemble des acteurs du système. De plus en plus, l’entreprise est poussée à repenser son rôle dans la société et à reconnaître le potentiel d’une relation ouverte avec l’ensemble de ses parties prenantes, elle ne peut pas exister sans, et peut en tirer parti pour développer un business model vertueux. 

Dialogue parties prenantes : un bilan en demi-teinte pour les entreprises

L’étude du Comité 21 et du cabinet Des Enjeux et des Hommes permet d’établir un benchmark international des pratiques de dialogue avec les parties prenantes à partir du témoignage de 300 entreprises de cinq zones géographiques, de cinq secteurs différents et de toutes tailles. On y découvre un classement des pratiques en fonction de quatre types de maturité : du dialogue le plus simple, une maturité de niveau 1, à l’implication des parties prenantes dans la gouvernance, une maturité de niveau 4. 

Ce sont des résultats globalement en demi-teinte que dresse le Comité 21 et Des Enjeux et des Hommes. Si le premier constat est rassurant : peu d’entreprises interrogées fonctionnent en “système fermé” sans interaction avec leur écosystème, il s’avère que le bilan n’en ressort pas excellent pour autant. Notées sur 100 points, les organisations ont obtenu des résultats relativement faibles. L’étude a certes relevé des tentatives de dialogue, cependant les démarches ne sont pas suffisamment professionnalisées et elles concernent surtout des sujets qui peuvent être considérés comme stratégiques ou discutés que les entreprises cherchent à approfondir en prévention de crises. L’interaction la plus développée est celle de l’information et de la communication. De manière générale, les entreprises, même les plus engagées, n’intègrent que très peu leurs parties prenantes dans le processus de prise de décision. Enfin, la mise en place de comités de parties prenantes n’a quasiment pas été observée au cours de l’étude. 

L’analyse par zone géographique et par secteur a permis de révéler de grandes disparités dans les notes des entreprises en fonction des pays. Il semble par exemple que le Royaume Uni apparaisse comme étant le pays le plus mature tandis que le Canada est très en retard. De la même façon, le secteur de l’agroalimentaire s’est largement distingué par rapport aux autres secteurs. Celui des biens et services technologiques semble globalement développer un dialogue moins approfondi avec ses parties prenantes. 

Quelques pratiques de dialogue parties prenantes à retenir

Malgré un bilan un peu décevant, l’étude a permis de mettre en valeur certaines pratiques innovantes. Quelques entreprises se sont distinguées par l’ingéniosité de leurs pratiques dans le cadre d’un dialogue parties prenantes. Le fait de cartographier ses parties prenantes, si cela peut se limiter à une simple liste, a été beaucoup développé par certaines des organisations interrogées durant l’étude. Par exemple, l’une des entreprises a choisi de préciser, pour chacune de ses parties prenantes, le type de dialogue, la fréquence de dialogue, les sujets d’intérêts, etc dont il est question durant l’interaction. Une autre a notamment créé une plateforme collaborative permettant de faire vivre sa matrice de matérialité grâce à la mise en place d’une analyse croisée entre la sémantique, la big data et le numérique, et de multiples sources d’informations. Les informations et préoccupations des parties prenantes sont ainsi actualisées en permanence et les risques émergents identifiés rapidement. 

Sur le sujet de la co-construction avec les parties prenantes, plusieurs initiatives ont également été remarquées. L’une des entreprises a par exemple mis en place une politique d’innovation et de dialogue originale avec ses parties prenantes en ouvrant un ensemble de centres de co-innovation permettant ainsi de favoriser le dialogue avec les clients et co-construire avec eux. 

Enfin, sur le thème de la gouvernance, certaines des entreprises interrogées prennent en compte la question de la rémunération dans le cadre du dialogue avec les parties prenantes. En effet, l’étude a mis en valeur la prise en compte des opinions des parties prenantes pour déterminer la rémunération des dirigeants chez certaines entreprises. De la même façon, d’autres ont mis en place une Sustainability Task Force, composée de salariés de business unit différentes chargés de dialoguer avec les parties prenantes externes : ONGs, institutions, investisseurs…

Consulter toutes les initiatives. 

Le dialogue avec les parties prenantes est indispensable dans le contexte d’une prise de responsabilité sociétale des entreprises. La simple information ne suffit cependant pas à concevoir une relation durable et respectueuse de l’intérêt général. Dans l’étude, le Comité 21 et Des Enjeux et des Hommes mettent notamment en avant le manque de maturité de la plupart des entreprises interrogées. Si des initiatives intéressantes sortent du lot, elles restent locales et peu intégrées dans la vision globale et stratégique de l’entreprise. Pour ces deux organismes, il est nécessaire de mener un travail de sensibilisation des décideurs pour les amener à “prendre en compte leur écosystème dans la chaîne de décision”. Le Comité 21 et Des Enjeux et des Hommes conçoivent à ce titre actuellement un guide pratique pour développer le dialogue avec les parties prenantes à découvrir en juin.