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2021 sera-t-elle l’année de la biodiversité ?

Rédigé par La rédaction du C3D, le 25 janvier 2021

2020 devait à l’origine représenter l’année de la biodiversité. La crise sanitaire liée à la Covid-19 a chamboulé un agenda qui avait comme objectif de replacer la biodiversité au coeur des préoccupations avec, notamment, le congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui se déroule tous les quatre ans, et la COP15 biodiversité en Chine. Pourtant ce virus et son amplitude s’avèrent bel et bien révélateurs d’un problème global dans notre rapport à la biodiversité et à la nature. 2021 sera-t-elle l’année de la biodiversité ? Ce qui est certain, c’est qu’il est urgent de la replacer au cœur de notre système économique d’une façon ou d’une autre. 

 

La biodiversité jusqu’alors reléguée au second plan

La question de la biodiversité n’a, jusqu’alors, été que très peu abordée si l’on compare ce sujet à celui du climat. On remarque par exemple une grande différence entre les prises en compte de paroles d’experts puisque le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a été créé en 1998 alors que l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), l’équivalent pour la nature et la biodiversité, n’existe que depuis 2012. Il est également plus facile de comprendre les tenants et les aboutissants liés au climat que ceux autour de la problématique de la biodiversité, expliquant ainsi la prise en compte tardive de cet enjeu pourtant indispensable à la survie de l’Homme. 

De la même façon, on peut noter une volonté d’instaurer des objectifs précis pour la lutte contre le réchauffement climatique que l’on ne retrouve pas dans le cadre de la protection de la biodiversité. En 2015, l’accord de Paris avait par exemple fixé un cap pour le climat : « limiter le réchauffement climatique à un niveau bien inférieur à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle”. 

Pourtant, l’ombre d’une sixième extinction de masse plane sur les pays et commence à faire pression sur les gouvernements. L’IPBES estime à un million le nombre d’espèces qui déclinent actuellement, soit 10 % de la totalité des espèces existantes. S’il est facile de relativiser au regard des précédentes extinctions qui concernaient quant à elles 80 % des espèces, il est important de prendre en compte le facteur temps. En effet, ce n’est pas le nombre d’espèces qui inquiète mais plutôt la rapidité avec laquelle cela se produit, à savoir sur à peine 200 ans pour cette sixième extinction contre des millions d’années auparavant.

 

Plusieurs évènements pour la biodiversité ponctueront l’année 2021

Les évènements qui se dérouleront cette année marqueront normalement un tournant dans la lutte pour une meilleure protection de la biodiversité. Début janvier se déroulait notamment la 4ème édition du One Planet Summit organisé par la France avec les Nations-Unies et la Banque mondiale qui avait pour objectif de s’engager concrètement pour protéger la biodiversité terrestre et marine. « Commencer l’année 2021 avec ce One Planet Summit est très important car c’est l’année de la réconciliation de tous nos défis », a d’ailleurs précisé le président de la République Emmanuel Macron lors de l’évènement. Ce sommet est à l’origine de plusieurs engagements : grandes promesses de financement pour la protection de la biodiversité, 30 % des territoires nationaux en espaces protégés dès 2022 en France, etc. 

Toujours en France, le président s’est engagé en décembre dernier à organiser un référendum pour inscrire la préservation de la biodiversité, de l’environnement et la lutte contre le dérèglement climatique dans la Constitution suite à une rencontre avec la Convention Citoyenne pour le Climat. À l’échelle européenne, l’Union européenne prévoit de se doter de nouveaux objectifs de restauration de la biodiversité pour 2030 suite à sa stratégie biodiversité présentée en 2020 en s’inscrivant notamment dans le cadre de la PAC (Politique Agricole Commune).

Nous assisterons également cette année au congrès mondial de la nature de l’UICN à Marseille en septembre et à la COP26 climat à Glasgow en novembre. La COP15, actuellement annoncée pour mai 2021, devra arrêter des objectifs forts et mettre en place le cadre mondial visant à « protéger 30% de la planète des activités humaines d’ici à 2030 ». 

 

Quels obstacles se dressent face à une meilleure prise en compte de la biodiversité ?

En dehors du contexte sanitaire et économique qui demeure, même en 2021, encore particulièrement complexe, d’autres obstacles peuvent être observés lorsqu’il s’agit de la lutte pour la protection de la biodiversité. Certaines divergences ont notamment déjà fait surface concernant l’objectif de protéger 30 % des terres et océans qui sera discuté lors de la COP15. Le Brésil a par exemple tenté de bloquer le budget 2021 de cet événement car mettant potentiellement en péril la liberté des autochtones. Finalement la difficulté principale résidera surtout dans la nécessité de mettre 140 pays partenaires d’accord autour d’une question impliquant de nombreux enjeux économiques, sociaux et sociétaux. 

Pour plusieurs ONG, ce qui est actuellement envisagé n’est pas suffisamment ambitieux. En effet, d’après l’association WWF, les objectifs qui seront discutés lors de la COP15 ne permettent pas d’inverser la perte de biodiversité d’ici 2030. Il serait en effet plus efficace de se fixer des objectifs par secteur, à savoir : systèmes alimentaires, agricoles, forestiers, pêche, industries extractives. Selon Pierre Carnet,  directeur du Plaidoyer de l’association WWF, “chacun doit prendre ses responsabilités, qu’il s’agisse des Etats comme des citoyens » pour réellement entamer une transformation dans nos rapports à la nature. 

 

2021 marquera potentiellement un tournant majeur dans notre rapport à la nature. L’ensemble des rencontres prévues, si elles sont maintenues et aboutissent à d’ambitieux engagements, permettra de poser un cadre plus propice à la mise en place d’une meilleure gestion de la biodiversité. De forts engagements sont notamment attendus de la part des États cette année. 

Le déclin de la biodiversité fait d’ailleurs partie des sujets phares abordés dans le dernier film de Yann Arthus Bertrand : LEGACY, notre héritage, dévoilé le 26 janvier.