Le déconfinement a vu naître un nouvel engouement pour le vélo. Elisabeth Borne, ministre de la Transition Écologique, vient d’annoncer la création d’une Académie des métiers du vélo afin de certifier chaque année 500 mécaniciens. Avant la crise du Covid-19, la voiture constituait le moyen de transport principal en France, bien loin devant le vélo. En effet, environ 80 % des déplacements motorisés en France se font en voiture même si l’on perçoit un penchant pour les mobilités douces au sein des grandes villes ces dernières années (Laboratoire Aménagement économie transport (CNRS/Université Lyon 2/ENTPE). Il semble que la crise sanitaire ait renforcé cette tendance au point de motiver la rédaction d’une étude économique sur le développement du vélo en 2020. Les cabinets Inddigo et Vertigo Lab ont ainsi amorcés des recherches autour du sujet « Impact économique et potentiel de développement des usages du vélo en France » à la demande de plusieurs institutions dont la Direction Générale des Entreprises, l’ADEME ou encore la Fédération Française de Cyclisme. Le but : dresser un état des lieux de l’utilisation du vélo en France tout en spéculant sur son évolution sur les 5 à 10 années à venir. 

Un état des lieux global de la pratique du vélo en France

Sur la dernière décennie, la pratique du vélo s’est vue bouleversée par des changements particulièrement importants dans les habitudes des Français. Qu’il s’agisse d’un loisir ou bien des trajets domicile / travail, les chiffres de l’étude parlent d’eux-mêmes.

Entre 2010 et 2018, on constate le retour du vélo au sein des grandes villes. En effet, la période affiche une augmentation de ce mode de déplacement de 30 % à Paris, 10 % à Lyon et 50 % à Bordeaux. Dans le cadre des trajets pour se rendre sur son lieu de travail, les recherches ont mis en avant une hausse de l’utilisation du vélo chez les actifs. A Grenoble par exemple, 15 % des déplacements de ce type s’effectuent à vélo. 

Ces augmentations sont bien évidemment accompagnés par une hausse du nombre de pratiquants, surtout du côté de la pratique occasionnelle. L’étude compare à ce titre le nombre de Français ne pratiquant jamais ce sport en 2012, à savoir 52 %, par rapport à l’année 2018 qui n’en compte plus que 43 %.

Autre signe du développement du vélo dans la vie quotidienne des Français, nous pouvons constater une forte augmentation des ventes de vélos à assistance électrique dès 2017 sur tout le territoire et particulièrement dans les zones rurales et périurbaines, auparavant moins enclines à la pratique de ce sport. 

Ce sujet intéresse d’ailleurs beaucoup les membres du C3D qui ont échangé récemment lors d’un atelier questionnant la façon dont les entreprises peuvent aider les collaborateurs pour le trajet domicile / travail grâce au vélo. Diverses solutions ont été évoquées comme la mise à disposition de vélos en location pour les salariés ou encore l’appel à des associations locales afin de sensibiliser les équipes. Les décrets annoncés le 10 mai dernier permettent de profiter d’aides de l’Etat afin d’encourager les salariés à utiliser le vélo au maximum. Pour les entreprises les plus frileuses, il existe de multiples options afin de faciliter l’organisation : du tracking pour éviter le vol des vélos aux aides financières pour concevoir et construire les parkings et abris. 

Le vélo, un secteur prometteur et une source de croissance économique

Selon l’étude, l’économie du vélo représente environ 30 milliards d’euros chaque année et garantie plus de 160 000 emplois en France. Ces chiffres regroupent trois niveaux :

  • La pratique du vélo en elle-même et toutes les activités économiques qui y sont liées : fabrication, vente, réparation, location, conception d’aménagements cyclables, secteur associatif et fédérations, etc. 
  • Les activités qui utilisent le vélo comme moyen : tourisme à vélo, logistique à vélo (La Poste, livreurs…).
  • Les impacts divers : achats de pièces détachées, consommations alimentaires, mais aussi les bénéfices santé. 

Sur ces 10 dernières années, le marché du vélo a connu une forte hausse des fabrications françaises puisque le chiffre d’affaires de ce secteur a augmenté de 57 %. En cause, les investissements croissants qui ont permis le développement du secteur. Les collectivités ont en effet effectués de nombreux aménagements dans le cadre des politiques cyclables afin d’accueillir au mieux l’évolution de la pratique du vélo. En 10 ans, le budget investi dans ces politiques par les collectivités à augmenté de 40 %. 

Les retombées économiques du tourisme à vélo sont en hausse également puisqu’elles ont augmenté de 46 % en 10 ans. Le tourisme constitue ainsi un levier économique fort. 20 % des touristes à vélo proviennent de l’étranger. Les touristes à vélo dépensent en moyenne 68 euros par jour lors de leur pratique. La France, disposant de circuits emblématiques tels que la Loire à Vélo, arrive ainsi deuxième dans le classement des destinations européennes du tourisme à vélo. 

La pratique du vélo en France s’est grandement développée ces dernières années et constitue ainsi une source de croissance économique. A la fois bonne pour la santé et pour la planète, l’utilisation du vélo est amenée à évoluer d’autant plus d’ici 2025 à 2030. L’étude évoque, dans ce sens, trois scénarios probables afin de dessiner les contours du futur de cette pratique : dans les trois cas, le secteur continue son ascension, plus ou moins forte. L’évolution du vélo dépendra de l’implication d’acteurs divers, des pouvoirs publics aux institutions et collectivités. La crise actuelle a amorcé une bonne dynamique chez les Français, reste à voir si les autorités suivent le pas.