Dans cette 2ème partie de notre tour d’horizon de 4 tiers-lieux existants, découvrons une autre approche et un autre modèle de tiers-lieu : le Sensespace.

Impulsé par la communauté MakeSense, cet espace de 550 m² situé rue Biscornet, à deux pas de la place de la Bastille à Paris, revendique d’être un lieu inédit dédié à la résolution des défis sociaux et environnementaux de notre temps. A sa création, Sensespace ciblait clairement les entrepreneurs individuels désireux d’inventer les solutions du futur, les startupers et jeunes créateurs d’entreprises. Ce fut le cas avec l’équipe de Running Heroes qui a pu assurer son développement dans ces locaux stimulants, un lieu qui dès son lancement laissait présager « un espace de travail atypique et excitant » et qui est comparé à une disco soupe : « Des aliments dans tous les sens et de toutes les formes mais qui donnent finalement un sacré résultat dans l’assiette ».

Un espace de travail atypique et excitant qui ressemble à une disco soupe

Et en effet, par rapport à d’autres tiers-lieux plus conventionnels ciblant une clientèle pro et les collaborateurs d’entreprises, Sensespace a voulu apporter sa propre touche, sa personnalité directement héritée de MakeSense. Là-bas, les rencontres créatives s’appellent des « hold-ups » et ceux qui les organisent et y participent sont des « gangsters ». Les utilisateurs réguliers du tiers-lieu sont des « SenseColocs », on y organise des événements pour promouvoir l’agriculture urbaine hybride et collaborative, les repas permettent d’expérimenter une « cuisine collaborative », et non loin de la salle Baleine ou la salle des défis, il y a la salle des coussins qui permet aux travailleurs épuisés de faire un somme.

Sensespace, c’est toute une atmosphère et un état d’esprit, avec ses codes propres, ses principes. La question que l’on est en droit de se poser en découvrant cet univers si particulier est : travaille-t-on réellement à Sensespace ? Résolument oui. Le lieu a même été créé pour ça. En plus de tout le reste, les 120 colocs qui résident à Sensespace sont d’abord venus chercher un cadre de travail agréable et des voisins motivés et motivants.

L’ambiance sonore est feutrée et l’atmosphère studieuse

Lorsqu’il ne s’y produit pas d’événement particulier (en 2016, plus de 300 événements organisés dont 70 hold-ups), l’ambiance sonore est feutrée et l’atmosphère est particulièrement studieuse dans les zones de travail. L’on y voit des dizaines de femmes et d’hommes, jeunes (la plupart ont moins de trente ans), attablés devant un portable, concentrés. Inventer le monde de demain demande du labeur. Ailleurs, dans des salles séparées, des groupes peuvent travailler en mode projet pour relever un « défi » ou suivre une formation. Et puis il y a les parties communes avec le bar et le coin restauration, où les discussions et les échanges sont plus qu’encouragés. Sensespace pousse loin la logique du coworking et se conçoit comme un espace de travail ouvert, construit et organisé pour accélérer les projets communs et les synergies, si possible en rassemblant des créateurs décidés à résoudre, par la création d’entreprises et des activités innovantes, des défis sociaux et environnementaux d’aujourd’hui et de demain.

Cette envie d’améliorer le monde fait partie de l’ADN de Sensespace, héritage direct transmis par les co-fondateurs du lieu et de MakeSense.

Sensespace, c’est aussi un incubateur pour accompagner les entrepreneurs

Pour enclencher ces dynamiques collectives, les occupants de Sensespace peuvent justement s’appuyer sur l’écosystème MakeSense et son incubateur parisien, « sensecube », soutenu par différentes entreprises dont La Banque postale, Suez, BNP Paribas entre autres.

Christian Vanizette, Co-fondateur de MakeSense expliquait en février 2016 dans une interview pour LCI cette fonction d’incubateur, qui est un autre aspect du Sensespace : « Dans les incubateurs de MakeSense, comme le Sensecube de Paris-Bastille, on peut vraiment accompagner les entrepreneurs depuis l’idée première jusqu’au prototype ou leur première levée de fond ». Selon C. Vanizette, ces aspirations à travailler autrement et à développer des projets porteurs de sens reflètent les attentes des nouvelles générations : « Une étude très intéressante menée en 2016 dans le cadre du concours du Prix de l’Entrepreneur Social montre qu’un étudiant sur deux en grandes écoles souhaite faire un travail qui a du sens pour lui et veut s’engager dans l’économie sociale et solidaire. Je pense qu’il y a un vrai changement qui s’est produit et ces jeunes se demandent comment faire pour essayer d’avoir la vie la plus épanouie et la plus intéressante possible, mais en allant au-delà du seul objectif d’avoir un bon travail, une maison, une famille… ».

Pour une majorité des étudiants interrogés dans l’étude Ipsos, le contenu de l’emploi et l’ambiance au travail comptent plus que les conditions matérielles associées à un métier. Cette quête de sens dans le travail fait d’ailleurs écho à l’étude « La génération Y et le développement durable » commandée par le C3D à HEC en 2013.

A Sensespace, on croise des gens en costard… et des gens en chaussettes

En cela, de nouveaux espaces hybrides comme le Beootop de Generali, le Darwin Camp de Bordeaux (voir l’interview de Jean Marc Gancille, Directeur de la transition sociétale au Groupe Evolution, co-fondateur de Darwin et membre du C3D) ou le Sensespace de MakeSense, représentent assez bien ces lieux en constante réinvention, disruptifs où s’entremêlent start-ups du numérique, activités militantes d’ONG, projets idéalistes et actions d’intérêt général. Des lieux carrefour, d’hybridation intellectuelle mais qui n’oublient pas non plus la recherche de rentabilité, pour garantir une pérennité.

Le Sensespace est certainement unique en son genre, c’est cet endroit un peu étonnant où des « gens en costard » côtoient des « gens en chaussettes ». Son fonctionnement et son esprit peuvent surprendre mais son modèle est incontestablement à suivre du fait de l’énergie qui s’en dégage et des solutions qui s’y inventent pour construire un monde plus juste et plus durable.

Retrouvez la 1ère partie de ce tour d’horizon avec Nextdoor, un espace de travail « collaboratif et flexible » à Issy-les-Moulineaux. Puis prochainement, ne ratez pas la mise en ligne de la 3ème et 4ème partie de notre tour d’horizon, avec les offres Blue Office de Nexity et le BeeoTop du groupe Generali.