Deux ans après l’Accord de Paris, comment votre stratégie climat a-t-elle évolué pour tenir la trajectoire des 2° ?

Concepteur du long terme, Egis est l’un des leaders mondiaux de l’ingénierie de la construction et de l’aménagement des territoires. En tant que concepteur, prescripteur et exploitant, Egis influe sur la réalisation de dizaines de milliards d’euros de travaux et sur l’exploitation d’équipements utilisés par des millions d’usagers à travers le monde. Notre contribution à la trajectoire moins 2°C consiste à accélérer notre capacité à apporter des réponses opérationnelles concrètes pour des projets moins énergivores, moins émissifs en GES, voire produisant de l’énergie. Pour cela, nous avons mené deux actions phares depuis 2015 : l’élaboration d’une stratégie TEE transversale à l’ensemble des activités du groupe et la dynamisation et renforcement de notre politique d’innovation.

Les sujets sur lesquels nous accélérons nos efforts sont :

  • résilience urbaine et adaptation des infrastructures au changement climatique ;
  • écoconception ;
  • matériaux biosourcés ;
  • ré-emploi des matériaux (création de la société Cycle Up avec Icade) ;
  • nouveaux services liés à la mobilité ;
  • sobriété énergétique des ouvrages ;
  • autonomie énergétique des territoires (production décentralisée, ENR, smart grid…).

Exemple d’actions concrètes d’atténuation ou d’adaptation chez Egis

Egis développe une solution qui a pour objectif d’optimiser les déplacements des automobilistes. Ce dispositif, appelé Péage positif, vise à récompenser les automobilistes qui acceptent de ne pas utiliser leur voiture pendant les heures de pointe, sur une zone géographique déterminée, habituellement congestionnée et donc, polluée.

La congestion freine le développement économique des territoires. En France, le coût des embouteillages était de 17 milliards d’€ en 2013 et est estimé à 22 milliards en 2030 (comprenant, entre autres, émissions de CO2 et particules fines). L’analyse des facteurs générateurs de la congestion met en lumière des modèles organisationnels et sociétaux ainsi que des schémas comportementaux individuels très enracinés : départs au travail synchrones, autosolisme, faible part des transports publics… Un péage positif va questionner ces habitudes de mobilité et les modifier en douceur de manière positive et ludique (nudge, gamification).

A l’inverse du péage urbain qui sanctionne le conducteur, le péage positif stimule la responsabilité individuelle et récompense les gestes vertueux tels que : décalage de l’horaire de départ, report modal, télétravail… L’automobiliste qui s’est inscrit sur la base de volontariat est récompensé (3€ par trajet évité en moyenne) s’il prouve qu’il a trouvé une alternative pour se déplacer. Un dispositif technique (boitier connecté au véhicule, smartphone, caméras LAPI…) permet de garantir les performances du participant.

C’est aux Pays-Bas qu’est née cette approche en 2008. Les programmes sont ponctuels : dès lors qu’un participant réorganise ses habitudes de mobilité et y gagne en qualité de vie, il n’y a plus lieu de le récompenser pour qu’il les conserve. Véritables coups de pouce pour modifier les comportements, ils permettent de réduire le nombre de trajets de 8% en moyenne.

Et réduire la congestion a un impact sur la pollution. Aux Pays-Bas, un projet mené d’avril 2013 à février 2014, comptabilisant 3 200 participants, a permis d’éviter 1 371 tonnes de CO2, 2 328 kg de NOx et 129 kg de PM10 : une action bas carbone pragmatique, pédagogique et ayant porté ses fruits chez nos voisins hollandais.