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La solidarité en entreprise : retour sur quelques initiatives des membres du C3D

Rédigé par contact@cddd.fr, le 20 décembre 2019

Proclamé par l’Assemblée générale des Nations Unies, le 20 décembre est la Journée internationale de la solidarité humaine depuis 2005. Cet évènement a pour objectif de sensibiliser l’opinion publique à l’importance de la solidarité et à encourager les initiatives en faveur de la lutte contre l’exclusion et la pauvreté. Loin d’être cantonnée à la seule sphère individuelle et à l’économie sociale et solidaire, la solidarité s’invite de plus en plus en entreprise. Mécénat de compétences, congés solidaires, fondations ou encore arrondis sur salaires : à l’occasion de cette journée de la solidarité, le C3D revient sur quelques initiatives solidaires de ses membres. 

Le mécénat de compétences : mettre le savoir-faire professionnel des collaborateurs des entreprises au service de l’intérêt général

Le mécénat est une pratique ancienne qui remonte à la Renaissance italienne et au financement des artistes par les nobles et riches marchands. De façon plus contemporaine, le mécénat a pour but de soutenir des projets d’intérêt général grâce à des dons financiers ou en nature : on parle alors de mécénat de compétences. Cette pratique permet aux salariés de mettre leurs compétences à disposition pour réaliser des missions d’intérêt général pendant leur temps de travail quelques jours par an.

Relativement méconnu en France, ce type de mécénat se développe pourtant de plus en plus : selon une étude de l’Admical, en 2018, un peu plus de 10 500 entreprises ont permis à leurs salariés de réaliser de telles missions. Et parmi les membres du C3D, plusieurs entreprises pratiquent le mécénat de compétences, dont la SNCF (pionnière en la matière en France), Solocal ou Edenred.

A la SNCF, les salariés sont encouragés depuis plusieurs années à réaliser des missions auprès de structures associatives en mettant en avant leurs compétences professionnelles ou en s’investissant dans des missions dédiées à l’accompagnement des personnes en difficultés dans leurs études, leur recherche d’emploi ou leur gestion de projet. Chaque année, la SNCF soutient près de 1000 projets dans trois domaines : l’éducation, la culture et la solidarité. Jusqu’à dix jours par an, les salariés de la SNCF peuvent s’investir dans des missions variées avec l’accord de leur hiérarchie. Ainsi, par exemple, plusieurs salariés ont parrainé des jeunes durant leurs études, pour les aider à s’orienter ou à s’insérer dans la vie active grâce à un accompagnement personnalisé avec l’association Proxité.

Chez Solocal, entreprise spécialisée dans le marketing et la publicité numérique, les salariés peuvent participer à des missions de mécénat de compétences depuis 2017. Plusieurs d’entre eux ont déjà testé l’expérience, en mettant leurs compétences au service d’associations pour retravailler leur site internet ou leurs actions de communication. Dans de nombreuses associations, le manque de moyens réduit les possibilités d’investissement dans les actions de communication, c’est pourquoi l’expertise des collaborateurs de Solocal a été particulièrement appréciée. Du côté des salariés de l’entreprise, l’expérience s’est également révélée enrichissante, leur permettant de donner un autre sens à leur travail.

Edenred pour sa part organise chaque année une journée entière dédiée à la solidarité : Idealday. A cette occasion, l’ensemble de ses collaborateurs répartis dans les pays où l’entreprise est présente sont invités à s’investir dans une mission de solidarité locale. Mise en place en 2017, l’initiative rencontre un succès croissant. En 2019, tous les salariés (8 500) ont participé, ce qui a permis de soutenir 88 associations dans des domaines très variés. Les collaborateurs d’Edenred en Inde ont par exemple aidé plusieurs ONG à distribuer des repas aux orphelins, tandis qu’en Grèce, une action de nettoyage d’une des plages les plus populaires d’Athènes a été organisée. Du côté de l’Hexagone, certains des collaborateurs d’Edenred ont rénové des bacs à compost, pendant que d’autres donnaient des conseils aux jeunes entrepreneurs issus des quartiers populaires, en partenariat avec Sport dans la ville. Cet investissement global des collaborateurs du groupe a permis à Edenred de remporter le trophée Monster Innovation 2019 dans la catégorie Innovation Empreinte RSE.

Les congés solidaires pour donner du sens à ses voyages

Un congé solidaire est une mission réalisée par un salarié à l’occasion de ses congés au profit d’associations intervenant le plus souvent à l’international dans l’humanitaire. Contrairement au mécénat de compétences, les congés solidaires ne sont donc pas réalisés pendant le temps de travail. Pour autant, la pratique n’est pas dénuée de lien avec l’entreprise. En effet, les missions sont encadrées par une association avec une formation préalable et un encadrement sur place des volontaires, mais financées ou cofinancées par l’employeur.

En collaboration avec l’association de solidarité internationale Planète Urgence, EDF (entreprise membre du C3D) fait partie des entreprises qui offrent la possibilité à leurs collaborateurs de réaliser des missions de deux semaines à un mois en Afrique, Asie ou Amérique du Sud. Les compétences techniques, comme les compétences informatiques ou d’ingénierie, sont particulièrement appréciées. C’est justement pour mettre à disposition son savoir-faire d’ingénieur que Yann-Sébastien Deunf, ingénieur d’études chez EDF, est parti 12 jours au Congo installer des panneaux solaires et l’éclairage public dans le village de Les Saras. Financé par la Fondation EDF dans le cadre de son programme de solidarité internationale, son voyage lui a énormément apporté. Il lui a permis de découvrir une culture totalement différente, mais aussi de prendre conscience des difficultés que peuvent connaître encore certaines populations qui ne disposent pas de l’électricité ni de l’eau courante.

Les fondations d’entreprise : des structures créées en faveur de la solidarité

Instituées par la loi du 23 juillet 1987 sur le développement du mécénat, les fondations d’entreprises sont le moyen traditionnel d’investissement des entreprises dans le domaine de la solidarité. Ces organismes à but non lucratifs ne sont en effet créés que pour réaliser des missions d’intérêt général, en fonction d’un programme d’action pluriannuel. De nombreux membres du C3D ont créé leur propre fondation et interviennent dans des domaines variés : BNP Paribas, EDF, Carrefour, Orange ou encore la SNCF.

La Fondation BNP Paribas par exemple s’investit dans trois champs d’action : la culture, l’environnement et la solidarité. Dans ce domaine, la fondation s’attache à lutter contre les diverses formes d’exclusion dans les quartiers populaires, en soutenant les associations locales intervenant dans le secteur l’éducation et des populations les plus fragiles.

La Fondation BNP Paribas collabore ainsi depuis 8 ans avec le SamuSocial, ce qui a permis de financer la maraude de jour du Samusocial de Paris, bénéficiant à plus de 10 000 personnes sans abri. Elle a contribué également en 2019 à l’ouverture d’un lieu dédié aux femmes sans abri, dont le nombre a doublé en 10 ans : l’Espace Accueil Hygiène et Soins dédié aux femmes sans abris. Ce lieu a été pensé comme un espace dédié à l’écoute des femmes, sécurisant et offrant un accès à des douches et des professionnels de santé.

La Fondation Carrefour quant à elle met l’accent sur la transition alimentaire solidaire, en lien avec le métier de distributeur de Carrefour dans les pays où l’entreprise est implantée. Ses trois grands axes d’intervention sont l’accompagnement du monde agricole, la lutte contre le gaspillage solidaire et l’aide d’urgence. Elle apporte à ce titre une aide humanitaire aux personnes en situation d’urgence et met à disposition des associations locales le savoir-faire du groupe Carrefour pour acheminer les marchandises sur les lieux d’intervention ou de catastrophe. En 2018, la Fondation a notamment apporté son soutien à l’association CFAO suite aux inondations d’avril 2018 en Côte d’Ivoire. Les averses torrentielles avaient particulièrement touché la ville d’Abidjan, isolant une partie de la population. C’est pourquoi un millier de kits d’urgence a été acheminé sur place par le magasin Carrefour franchisé de la capitale ivoirienne. Ces kits comprenaient de l’eau, des denrées alimentaires et des produits d’hygiène de première nécessité, livrés aux sinistrés par les volontaires de l’association CFAO.

L’arrondi sur salaire : une forme méconnue de la solidarité d’entreprise

L’arrondi sur salaire est le pendant en entreprise de l’arrondi en caisse. Il permet aux salariés de certaines entreprises de soutenir les actions associatives de leur choix en réalisant chaque mois un micro-don sur leur salaire net, qui peut être complété par l’employeur. Rendu possible par l’entreprise microDon en France, cette solution est offerte aux salariés de 400 entreprises dont Arkema, BNP Paribas Real Estate, Carglass, Club Med, Guerlain, Heineken, Jacquet Brossard, La Française des jeux, Labeyrie, Louis Vuitton et Solvay, tous membres du C3D.

Aucune commission n’est appliquée sur les dons collectés qui permettent, mis bout-à-bout, de récolter des sommes importantes. En 2018, ce ne sont pas moins de 260 000 salariés qui ont joué le jeu, soit une augmentation de 61 % par rapport à l’année précédente selon le baromètre des dons sur salaire 2019 réalisé par microDon. Le montant total récolté avoisinait le million d’euros, pour un don moyen de 2,60 € par personne.

Ces dons ont permis de soutenir 140 associations, essentiellement dans les domaines de la santé et du bien-être, de la réduction des inégalités et de l’éducation. Sur le podium des associations les plus soutenues se trouvaient Planète Urgence dans le domaine de l’aide humanitaire, Aide et Action, association investit dans le secteur de l’éducation, et l’association Epic qui lutte contre les inégalités dans l’enfance.

Que ce soit par un soutien financier ou en nature, l’investissement des salariés pendant leur temps de travail ou leurs congés, la solidarité en entreprise s’exprime de façon très différente. Les membres du C3D sont particulièrement nombreux à avoir mis en place des mécanismes destinés à aider les populations les plus fragiles, en France et dans le monde. Dans une société accusée de favoriser l’individualisme et la compétition, ces quelques exemples sont la preuve que la solidarité n’a pas disparu : elle prend simplement de nouvelles formes.