Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Postes et Télécommunications et détentrice d’une maîtrise en Mathématiques, Christine Bargain débute sa carrière en 1979 comme cadre en bureau de poste, puis s’investit pendant 20 ans dans les ressources humaines dans différents domaines (chef de projet sur les grands enjeux de transformation, rémunération, gestion prévisionnelle, gestion des compétences, gestions des cadres dirigeants, action sociale). Dans la branche courrier, elle dirige la direction du management et de la qualité durant 5 ans. Elle retrouve en 2006 la Direction générale où elle est chargée de piloter le projet Diversité et Handicap afin de promouvoir l’égalité des chances et la diversité dans le groupe. En février 2011, elle prend la direction de la responsabilité sociale et environnementale du Groupe La Poste, chargée notamment de définir et de déployer la politique RSE et d’en assurer le reporting extra-financier.

Christine BARGAIN a rejoint le C3D en 2013 et créé avec Hélène Valade le groupe de travail « Droits Humains » fin 2014.

Un besoin et une envie collective de monter en compétences sur le sujet

La mise en place de ce groupe de travail répondait à plusieurs attentes et besoins :

  • Pour le C3D, il s’agissait de tirer les conséquences de la catastrophe du Rana Plazza et de contribuer aux échanges entourant la proposition de loi sur le devoir de vigilance.
  • Pour Christine Bargain, ce besoin d’approfondir la question des droits humains dans l’entreprise était le fruit d’actions et réflexions antérieures. Elle était de plus en plus souvent interrogée au sein du Groupe La Poste sur les droits de l’Homme, en raison de l’internationalisation de l’entreprise et de l’appel à la sous-traitance. Elle a aussi constaté que la question de Droits Humains est souvent traitée selon différents angles par plusieurs directions ou services (RH, Achats, direction juridiques…) au risque de ne pas disposer d’une démarche d’ensemble.

Christine Bargain ajoute : « Si la direction RSE ne s’empare pas de la question, difficile pour une organisation d’avoir une vision claire du sujet, d’élaborer une stratégie cohérente et de mettre en œuvre les réponses et process appropriés. »

Un sujet émergent, une préoccupation croissante et des questions qui se multiplient

Monter en compétences sur ces sujets, outiller La Poste pour trouver les dispositifs nécessaires pour prévenir d’éventuelles atteintes aux droits humains et sensibiliser les collaborateurs représentent un énorme travail.

Christine Bargain a constaté en rejoignant le C3D que ce besoin de se renforcer sur cette thématique était partagé par Hélène VALADE et nombre de ses homologues, d’où la validation de la création d’un groupe de travail dédié à ces questions à l’automne 2014. Après sa mise en place effective en janvier 2015, les échanges ont confirmé un accord général entre les membres du groupe pour partager les clés de compréhension du champ des Droits Humains, les connaissances, les méthodes et les bonnes pratiques d’entreprises.

Apprendre et progresser grâce à des témoignages externes et imaginer ensemble un guide des Droits Humains à destination des entreprises

Pour Christine Bargain, le sujet des droit humains en entreprise est une matière encore relativement récente du point de vue de nombre de directions du développement durable.

Christine Bargain ajoute : « Notre intention, en nous réunissant, était d’abord de monter collectivement en compétences, de nous forger au fur et à mesure une vision et des avis sur ce sujet et de disposer de méthodes pour améliorer nos pratiques. En effet, sur ce sujet en émergence, nombre de responsables DD en entreprises s’interrogeaient sur ces thématiques, sans disposer encore de stratégies établies dans le domaine. C’est pourquoi dès le départ, nous nous sommes appuyés sur divers témoignages externes, en écoutant des praticiens présenter leurs démarches et bonnes pratiques, pour disposer de la matière qui nous permettrait ensuite de construire ensemble, un guide facilitant la compréhension des enjeux droits humains pour les directeurs du développement durable. Ce guide leur permettra d’initier leur propre démarche de prise en compte des droits humains en fonction des activités et enjeux de leurs entreprises ».

Une série d’auditions d’experts et de spécialistes pour appréhender ce sujet complexe

Ainsi tour à tour, Yann QUEINNEC et Pierre-Samuel GUEDJ, fondateurs du cabinet Affectio Mutandi, sont venus présenter en mars 2015 les textes fondateurs (de l’ONU, de l’OIT, de l’OCDE,…), expliquant l’impact du drame du Rana plazza et l’actualité de la proposition de loi sur le devoir de vigilance. Puis Pierre MAZEAU et Charlotte MICHON sont venus présenter, en avril 2015, le travail de l’association EDH (Entreprises pour les Droits de l’Homme) et des exemples d’entreprises pionnières dans l’appréhension de ces enjeux. Enfin, Maël DELEMOTTE de NEXANS a présenté, en juin 2015, le « UN Guiding Principles Reporting Framework », un guide intéressant pour les entreprises souhaitant engager une démarche de Droits Humains en lien avec leurs activités.

Dans une seconde séquence, les membres du groupe de travail ont rencontré en octobre 2015, Valérie LOMBARD, Directrice du développement de l’ONG Human Rights Watch France. Son témoignage a permis de faire apparaitre la manière dont les ONG engagent des controverses publiques avec des Etats et des entreprises à propos de leur rôle réel ou supposé en matière de droits de l’Homme. Fin 2015, le C3D a reçu Maylis SOUQUE, Secrétaire Générale du PCN français de l’OCDE (PCN pour la conduite responsable des entreprises) installé à la Direction générale du Trésor, qui a présenté les dossiers traités par cette structure. Celle-ci a pour objectif, dans un cadre de « soft law », de trouver des solutions consensuelles à des litiges entre ONG et entreprises et de faire progresser les bonnes pratiques de chacune des parties. Par la suite, Patrice WIDLOECHER, déontologue du Groupe La Poste, est venu présenter en janvier 2016 ce métier et les démarches développées par l’entreprise en matière d’éthique et de déontologie. Enfin, Elise GROULX, avocate installée à Washington et spécialiste des Droits Humains à l’échelle internationale, a présenté les législations mises en place des deux côtés de l’Atlantique pour mieux garantir le respect des Droits Humains.

La qualité de toutes ces interventions, le haut niveau des personnes accueillies et souvent la force et la justesse de leurs témoignages a permis aux membres du C3D de développer, au fil des séances, leur opinion sur la question des Droits Humains en entreprise et de connaitre les bonnes pratiques susceptibles de leur être utiles. Christine Bargain, a d’ailleurs constaté, au fil des réunions la participation de plus en plus de membres, le plus souvent restés fidèles aux diverses réunions.

La priorité est maintenant donnée à l’élaboration du guide des Droits Humains afin de capitaliser et de partager ce savoir accumulé avec l’ensemble des membres du C3D. Des volontaires se sont ainsi constitués en comité de rédaction, pour concevoir le futur livrable.

Malgré un abord complexe, la démarche des Droits Humains constitue une nécessité désormais incontournable pour toute entreprise qui se veut responsable : Pour Christine Bargain « Plutôt que d’attendre passivement le durcissement de la réglementation, nationale ou européenne, mieux vaut prendre les devants en essayant d’anticiper, en amorçant des démarches internes volontaires pour faire progresser intelligemment nos entreprises sur le sujet, en empêchant des drames humains ou des atteintes réputationnelles dévastatrices. Les Droits Humains, aujourd’hui pour l’entreprise, c’est une question éthique bien sûr, mais c’est et cela sera de plus en plus aussi une question économique. Raison de plus pour nous améliorer encore en la matière. Ce groupe de travail, à son niveau, doit permettre de faciliter une démarche de progrès ».