Cet article a été préalablement publié sur RSEDATANEWS.

QVT. Ces trois lettres fleurissent dans les accords signés par les partenaires sociaux dans les entreprises. Mais au vu de ce qu’elles mettent derrière ce terme, se pose la question de savoir si la qualité de vie au travail s’est, ou non, saisie de la qualité DU travail.

Un babyfoot pour agrémenter les pauses, une conciergerie d’entreprise qui prend vos rendez-vous à votre place, un pressing à disposition… Les accords sur la qualité de vie au travail (QVT) peuvent contenir ce genre de mesures, sans doute plus caricaturales des attentes supposées des salariés que réellement efficientes pour le bien-être en entreprise. Pourtant, se cachent, derrière ces trois petites lettres QVT, d’importants enjeux de santé au travail. Et donc, aussi, de performance des entreprises.

« Nous ne sommes jamais allés aussi loin dans la mesure de nos actions, confirme Laurence Breton-Kueny, vice-présidente de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH). Nous disposons d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs nombreux. On peut par exemple aujourd’hui corréler l’absentéisme et le chiffre d’affaires, ou ce même absentéisme et la satisfaction client… Et la réduction du nombre d’accidents du travail compte parmi les facteurs d’attractivité d’une entreprise ». Les accords sur la qualité de vie au travail devraient, donc, en profondeur, traiter de la qualité du travail et des conditions de ce travail.

La réalité est bien plus nuancée. Le dernier accord national interprofessionnel (Ani) sur la QVT a été signé le 19 juin 2013 et a pris fin en… 2016. De plus, son bilan, publié le 21 février dernier par l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact), s’avère contrasté.

Des avancées sur les questions sociétales…

Pour le réaliser, l’agence a épluché une centaine d’accords QVT et égalité professionnelle, signés entre juillet 2017 et août 2018. Conclusion ? Elle constate des avancées sur des questions sociétales : augmentation du télétravail, mesures sur l’équilibre des vies professionnelle et personnelle, égalité professionnelle… De nouveaux droits acquis et de nouvelles façons de travailler autorisées donc, qui ont notamment été rendues possibles par les innovations numériques. Mais en matière de réduction des risques psychosociaux et de santé au travail, l’Anact n’observe pas vraiment de progrès… La QVT reste à ses yeux trop souvent réduite à des questions de bien-être individuel et les enjeux de santé laissés sous la responsabilité du management intermédiaire, sans qu’il ait pour autant de moyens d’action : « les effets de cet Ani sur la santé au travail s’en trouvent amoindris, note Julien Pelletier, responsable de l‘animation scientifique à l’Anact, qui a piloté cette étude. Or, des risques psychosociaux, il y en a ! En particulier dans une société où les bouleversements s’accélèrent, où un grand nombre de salariés connaissent des changements de poste imposés… Les modalités de transformation demeurent encore trop descendantes, les salariés trop peu impliqués dans les processus de transformation et d’ajustements en temps réel ».

Ce que confirme Catherine Pinchaut, secrétaire nationale CFDT en charge de la QVT : « Ces accords, et les entreprises, ne plongent pas assez dans le cœur du travail. » Les accords traitent davantage des conditions d’emploi que de celles du travail : « les DRH, autant que les représentants du personnel, sont plus à l’aise pour traiter les enjeux sociétaux, parce qu’ils sont familiers des critères qui les mesurent : les horaires flexibles, le temps partiel, la conciliation des temps… », selon Julien Pelletier, qui voit là une explication de la meilleure prise en compte de ces sujets par les accords QVT que de ceux des problématiques de santé au travail, encore trop souvent réduites à des approches techniques et réglementaires. Sans compter, ajoute-t-il, que les temps de diagnostic sont beaucoup trop longs et que des plans d’action s’en trouvent mis en place une fois que la situation n’est déjà plus la même !

… mais des risques psychosociaux en augmentation

« Les entreprises se montrent court-termistes, dénonce Martine Keryer, secrétaire nationale CGC santé au travail et handicap. Elles ne font par exemple pas de prévention primaire sur les facteurs pathogènes ». Et certains secteurs lui paraissent, comme à Catherine Pinchaut, plus encore à la traîne, notamment les services et les secteurs où les PME et TPE sont surreprésentées.

De son côté, Guillaume Mesmin, responsable des activités santé et conditions de travail au cabinet d’expertise Sextant, estime possible que la réalité de l’application de cet accord national interprofessionnel sur la QVT soit « pire » que le bilan qu’en fait l’Anact : « l’Agence a décrypté des accords, pas fait de monographie. Il peut y avoir un écart entre accord signé et réalité dans l’entreprise ». La preuve selon lui ? « Les risques psychosociaux augmentent partout, alors qu’il n’y a jamais eu autant d’accords QVT signés ».

L’expérimentation offre une solution

Pour remédier à ce problème, il préconise de rapidement redéfinir les termes, et pour ce faire, il lui semble utile de s’appuyer sur une étude de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) qui, pour définir la qualité de vie, retenait l’état de santé, l’équilibre entre les vies professionnelle et privée, l’éducation et les compétences, les liens sociaux, la qualité de l’environnement, la sécurité personnelle et l’engagement civique et dans la gouvernance. L’OCDE pointait aussi le revenu, l’emploi et les salaires et le logement comme instruments pour atteindre ce bien-être. Lui ajouterait la question de la mobilité. « Ce cadre me semble intéressant et trop oublié. On est trop aujourd’hui dans le bien-être individuel et subjectif. Nous devons en réalité définir la qualité de vie, et la qualité de vie au travail, dans ses dimensions collectives ».

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