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Professionnels du Développement Durable et de la RSE : bilan sur vos professions et axes d’évolution !

Rédigé par La rédaction du C3D, le 24 juin 2019

Pendant trois mois, le cabinet de recrutement Birdeo a questionné des professionnels du Développement Durable dans le but de mieux les connaître. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Que font-ils ? Quelle place occupe-t-il dans la hiérarchie ? Comment sont-ils rémunérés ? Autant de questions auxquelles ont répondu 863 professionnels du Développement Durable, salariés en entreprise (“inhouse”) ou consultants des cabinets privés. Décryptage.

Des profils disparates et pas encore de “voie royale” pour mener au Développement Durable

Dans le monde de l’entreprise, les professionnels du DD exercent avant tout dans le secteur de la finance, avec 20 % des personnes interrogées y étant affiliées. Viennent ensuite les secteurs de l’agro-alimentaire (12 %), de l’immobilier et du BTP (9 %), à égalité avec le secteur de la distribution et du commerce.

Les missions en interne sont, dans 71 % des cas, relatives à la coordination de la démarche RSE auprès de l’ensemble des collaborateurs (sont également pris en compte dans cette analyse les Directeurs DD). Du cadre générique de cette mission découle une nécessaire transversalité. Cela transparaît dans le département de rattachement des professionnels du DD “inhouse” qui sont plus de la moitié (58 %) à être rattachés à des Directions fonctionnelles ou opérationnelles autre que la Direction RSE/DD. De ce constat naît l’affirmation que des compétences techniques et opérationnelles font parties intégrantes des missions de professionnels du DD. Aujourd’hui, 14 % des professionnels du DD ont des missions opérationnelles : un chiffre qui révèle que le Développement Durable ne s’arrête plus aux portes de l’activité entrepreneuriale, mais qu’il est bien appelé à y être intégré de manière croissante !

Pourquoi les professionnels du DD ont-ils une telle faculté à se faire recruter dans des départements aussi variés ? La réponse se trouve dans les parcours, à la fois scolaires et professionnels. Ils se révèlent très différents les uns des autres, ce qui implique que le DD n’a pas (encore ?) de voie d’accès privilégiée. En effet, 90 % des professionnels du DD sont titulaires d’au minimum un BAC +5 : pour 28 % obtenu à l’issu d’un parcours en école de commerce et pour 27 % d’un diplôme d’ingénieur (généraliste ou spécialisé). 23 % ont eux obtenu un diplôme après un parcours universitaire, 9 % suite à des études à Sciences Po et 5 % sont issus d’une formation juridique. Les 7 % restant ont connu des parcours moins linéaires et ne font parties des catégories précédemment énoncées.

Si leurs parcours divergent, les professionnels du DD ont le point commun d’être considérés comme experts sur les questions environnementales (pour 12 % d’entre eux) ou sociétales (7 %). Ils sont aujourd’hui 14 % à être Directeurs DD, 32 % à répondre au poste de Responsable DD/RSE et 33 % à travailler sous l’appellation de chargé(e)/chef(fe) de projets/missions RSE.

Pour l’ensemble des professionnels du DD, il  s’agit bien souvent d’une “reconversion” professionnelle ou de nouvelles attributions, puisque 60 % ont exercé d’autres métiers avant d’accéder à ce type de poste. Le DD est souvent un domaine d’expertise qui est associé à un domaine de compétences antérieur. Une caractéristique qui confère aux salariés du DD la capacité d’exercer leur profession dans différentes sphères de l’entreprise. Pour ce faire, les professionnels du DD ont bien souvent fait leurs armes dans le marketing, la communication, la qualité et des fonctions core – business de l’entreprise (60 % d’entre eux).

Dans le secteur du conseil en Développement Durable, l’expérience professionnelle globale nous fait entrevoir un parcours différent. En effet, pour 60 % des consultants et indépendants exerçant dans le domaine du conseil DD, la grande majorité de leur expérience professionnelle a été acquise dans le domaine du DD. A noter néanmoins qu’ils sont nombreux (96 %) à avoir préalablement connu un parcours en entreprise et, pour 25 % d’entre eux, spécifiquement dans le domaine de la RSE. Concernant leur parcours scolaire, il est sensiblement le même que pour les experts “inhouse” : 31 % sont issus d’une école d’ingénieurs (généraliste et spécialisé), 36 % d’une école de commerce, 25 % de formations universitaires, 9 % de Sciences Po et 3 % sont issus d’une formation juridique.

Les indépendants dans le domaine du conseil ont eux des formations scolaires plus disparates… et sont nombreux ! En effet, ils représentent 42 % de l’ensemble des professionnels du secteur du conseil interrogés. Qu’ils travaillent en cabinet (généralistes ou spécialisés) ou qu’ils soient indépendants (auto-entrepreneur, dirigeant d’entreprise unipersonnelle, en portage salarial ou profession libérale), l’ensemble des professionnels du secteur du conseil en développement durable ont pour point commun de travailler à la définition de stratégies RSE et sur du reporting (à 72 %).

Égalité femmes – hommes : où en est-on chez les professionnels du Développement Durable ?

En entreprise, les ⅔ des postes en lien avec le DD et la RSE sont occupés par des femmes. Or, plus le niveau de responsabilité et le statut hiérarchique augmentent, plus la proportion de femmes diminue. On observe en effet que parmi les chargés de projets DD/RSE plus de 80 % sont des femmes, quand elles sont 57 % à occuper un poste de directeur DD/RSE.

Concernant la rémunération, les disparités sont elles aussi visibles. Au poste de chargé(e) de projets DD par exemple, une femme gagne en moyenne 21 % de moins qu’un homme. Au poste de Responsable DD où les femmes sont moins représentées, l’écart de rémunération s’évalue à 20 % en moyenne, et 16 % en moyenne pour le poste de directeur DD.

Quand on regarde les postes de consultants dans le domaine du conseil en développement durable et RSE, les femmes sont légèrement moins représentées qu’en entreprise (“inhouse”). Elles sont 58 % à exercer le poste de consultante en cabinet, et 56 % à être indépendante. La parité y est mieux représentée avec l’évolution hiérarchique : puisque 58 % des directeurs/managers sont des femmes. Une évolution logique quand on sait qu’elles représentent 53 % des consultants juniors et 60 % des consultants senior. Quid de la rémunération ? L’écart de salaire entre femmes et hommes est quasi inexistant : 2 % entre consultants séniors, et 3 % pour les directeurs / managers. Pourquoi ? A l’origine des petits cabinets spécialisés se trouvent en moyenne davantage de fondatrices que de fondateurs.

Budgets et rémunérations des professionnels du Développement Durable

En entreprise, 82 % des Directeurs Développement Durable ont un budget en propre, qui s’élève en moyenne à 870 000 euros. S’il peut atteindre jusqu’à 5 millions d’euros dans certains cas, 18 % des DirDD en entreprise n’ont pas d’enveloppe budget du tout ! Ce constat augmente à l’inverse du niveau hiérarchique, puisque ce sont 38 % des responsables DD/RSE qui n’ont pas de budget dédié et 65 % des chargé(e)s de projets DD/RSE.

Concernant le niveau de rémunération, un Directeur DD en entreprise gagne en moyenne 123 K€ brut/an, un salaire qui comprend le fixe et la part variable. Pour un Directeur/manager en cabinet, le niveau de rémunération moyen fixe et la part variable s’élève à 76 K€ brut/an. La rémunération d’un directeur/manager en cabinet de conseil est équivalente à celle d’un responsable DD en entreprise (67 K€ brut/an).

Si l’on considère maintenant l’écart de rémunération en fonction du niveau hiérarchique, on constate qu’il est beaucoup plus faible en cabinet de conseil. Il est de seulement 13 % entre un consultant junior et un consultant senior, quand il y a un écart de rémunération de 39 % entre un chargé(e) de projets DD et un responsable DD en entreprise. L’écart entre le salaire du responsable DD et du directeur DD en entreprise est également bien plus significatif (46 %) qu’en cabinet (40 %). Un indépendant gagnera en moyenne 20 % de moins qu’un manager/directeur de cabinet de conseil.

Les métiers du développement durable ont un bel avenir devant eux puisqu’ils attirent de plus en plus, en particulier chez les jeunes générations pour qui intégrer des valeurs et du sens dans leur quotidien devient une priorité dans leur recherche d’emploi. Ainsi, ce sont 75 % d’entre eux qui seraient prêts à accepter une rémunération plus faible si elle est la condition sine qua none pour travailler dans une entreprise responsable. Ce constat, associé au bilan dressé pour les professions du Développement Durable pour l’année en cours, nous révèle que les métiers du DD sont à suivre de très près, et à faire évoluer face une besoin croissant de talents pour répondre aux enjeux environnementaux actuels.