À contre-courant des schémas de pensée habituels (« la voiture c’est mal »), certains acteurs tentent de repenser la mobilité solidaire. Et si la voiture était la bonne solution de transport collectif, au cœur de certains territoires ?

Au commencement… la mobilité durable

Il y a encore quelques années, les acteurs du transport (opérateur de transport, constructeur automobile, etc.) ne prenaient en compte que l’aspect environnemental dans la notion de mobilité durable. Déjà fortement réglementée, la réduction des émissions de CO2 était au cœur de l’enjeu.

Dans un deuxième temps, la notion d’économie circulaire a fait son apparition dans le débat, avec de nouveaux défis, comme la capacité des véhicules à incorporer des matériaux verts, le recyclage des matériels de transport, voire les économies de ressources non renouvelables.

Plus récemment enfin, ce sujet de la mobilité durable s’est encore élargi avec l’émergence de la notion d’accès à la mobilité : il convenait de garantir aux plus fragiles le maintien du lien social.

La « non mobilité » : pérennité du chômage et désertification des territoires

Jusque-là, les politiques de transport, d’aménagement et d’urbanisme étaient menées par des urbains, et étaient donc souvent incohérentes avec les modes de vie observés dans le monde rural et les espaces périurbains. La France a ainsi laissé de côté un grand nombre de territoires où les collectivités publiques ne disposaient pas de capacité d’investissement suffisante, et ne pouvaient notamment pas garantir un service public de transport de qualité, livrant ainsi à eux mêmes de larges franges de populations. Selon le commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), cette situation concerne 80 % de la surface du pays, et impacte 41 % de notre population.

Une étude réalisée par le laboratoire de la mobilité inclusive en 2013, a ainsi révélé que la non mobilité était le second frein pour le retour à l’emploi, après l’acquisition de compétences. En effet, en France, 20 % des personnes en âge de travailler ont rencontré des difficultés de mobilité, et un demandeur d’emploi sur deux a déclaré avoir refusé un travail ou une formation faute de pouvoir s’y rendre. La non mobilité, rêve de geek ou d’écologistes, reste le cauchemar des habitants des espaces ruraux, et sonne encore pour beaucoup comme une condamnation.

Mais depuis 2013, les choses ont évolué dans le bon sens. Les pouvoirs publics locaux et les associations ont développé sur un grand nombre de territoire des solutions de mobilité partagées qui font la part belle à l’économie collaborative. La mobilité est enfin reconnue comme un droit.

La réhabilitation de la voiture individuelle comme transport collectif

Tout a commencé à l’initiative du monde associatif qui a d’abord proposé aux personnes en insertion, puis aux personnes isolées géographiquement, un accès à des moyens de transport partagés. Depuis 2005 dans le bassin de vie de Roissy, l’association Papa Charlie facilite par exemple l’accès à l’emploi des personnes sans moyen de transport collectif ou individuel, en mettant à leur disposition un véhicule à coût modéré pendant plusieurs mois pour les trajets domicile travail, mais aussi pour leur vie quotidienne.

Ce grand précurseur a ensuite été rejoint par d’autres acteurs de la mobilité inclusive : loueurs sociaux, auto-écoles sociales, garages solidaires, et plusieurs fondations d’entreprise comme la fondation PSA, la fondation Norauto ou la fondation MACIF. Citons également le très dynamique réseau APREVA qui propose aux plus pauvres les véhicules recyclés que lui offre le Groupe ENEDIS, après une remise en état effectuée par des personnes en insertion.

Pour en savoir plus sur la mobilité inclusive, vous pouvez vous reporter aux travaux du Forum Vies Mobiles, soutenu par le groupe SNCF.