Dans un monde où 10,1 tonnes de plastique sont produites par seconde, l’équivalent de 8 % de la production mondiale de pétrole, il est urgent d’accélérer la transition alimentaire. Retour sur l’exemple de Carrefour.

Déjà en marche, la transition alimentaire a longtemps fait référence au concept de “transition nutritionnelle”, c’est-à-dire aux changements d’habitudes alimentaires observées dans les pays en développement, qui se calquent sur les habitudes des pays occidentaux.

Aujourd’hui, la transition alimentaire s’apparente davantage à l’ensemble des changements nécessaires pour endiguer les impacts négatifs de nos modes d’alimentation. En effet, nombreux sont aujourd’hui les problèmes environnementaux (dégradation des écosystèmes naturels, rejet de gaz à effet de serre, etc.) et sanitaires (développement de cancers, de maladies cardio-vasculaires, de déséquilibres nutritionnels, etc.) dont l’origine est en grande partie liée à nos modes de consommation alimentaires contemporains. Pour y faire face, un objectif de durabilité est fréquemment préconisé.

Consommer durable, en commençant par réduire les déchets

La transition alimentaire s’envisage aujourd’hui par le prisme de l’écologie. Et dans le milieu de l’alimentaire et de la grande distribution, l’un des premiers vecteurs de changement se trouve dans la réduction des emballages des produits consommés. 

En France, le marché de l’emballage plastique reste très fort, puisqu’il représentait en 2018 le premier secteur utilisateur de matières plastiques, avec 45,1 % consommées en France contre 39,9 % en Europe. Loin donc de l’objectif que s’est donnée la France d’avoir 100 % de plastique recyclé d’ici à 2025.

Un objectif qui est pourtant également au coeur des préoccupations des consommateurs français, puisque pour 65 % d’entre eux, minimiser les déchets est l’une de leur priorité. Plus de 63 % des français considèrent également que la recyclabilité d’un produit est le 1er critère pour qu’un emballage puisse être considéré comme respectueux de l’environnement. Certains consommateurs plébiscitent l’utilisation de bocaux et sacs réutilisables pour faire leurs courses, mais nombreux sont encore ceux qui ne sont pas équipés ou qui ne pensent pas à utiliser ces contenants de manière systématique.

Afin de répondre aux objectifs fixés par la France et aux attentes des consommateurs, la grande distribution se tourne alors de plus en plus vers des options écologiques qui vont en ce sens. C’est le cas de Carrefour, qui a lancé début septembre 2018 son programme Act for Food. Ce programme vise à soutenir neuf actions concrètes au sein de ses offres : promotion du bio et du local, suppression de certaines substances controversées (OGM, pesticides chimiques, antibiotiques), objectifs de traçabilité et enrichissement de l’offre végétarienne et vegan. Le groupe s’envisage en effet leader mondial de la transition alimentaire.

En plus de s’engager à proposer des produits plus sains et plus responsables à ses consommateurs, Carrefour doit démultiplier les canaux pour répondre pleinement aux attentes de ses parties prenantes et répondre à ses propres objectifs stratégiques. C’est ainsi que le groupe vient d’annoncer un futur partenariat avec Loop, une plateforme de e-commerce qui propose à ses clients de leur livrer des produits de consommation du quotidien dans des emballages durables et consignés. Le client qui souhaite n’effectuer qu’une seule commande se voit rembourser sa consigne à la réception du matériel (qui sera réutilisé). A l’inverse, il suffit à celui qui souhaite poursuivre l’expérience de remettre les contenants vide dans le sac fourni par Loop, puis de programmer le passage du livreur. Cela permet donc d’éviter le matériel de livraison à usage unique. Une option qui séduit de plus en plus de consommateurs, comme l’atteste le succès de certaines entreprises telles que Reconcil, un service d’emballages consignés et réutilisables pour la restauration à emporter.

Un changement de business model au service de la transition alimentaire

Amorcer des démarches responsables pour minimiser les déchets est un bon début, mais afin de rendre la transition alimentaire bien réelle, les groupes de la grande distribution savent que des changements doivent s’opérer dans leurs business models.

Le constat est là : les consommateurs français souhaitent consommer des produits sains, bons pour leur santé et bons pour la planète. Les tendances actuelles sont donc au bio et au local. L’Agence Française pour le Développement et la Promotion de l’Agriculture Biologique rapporte en ce sens qu’en 2017, plus de 9 français sur 10 déclaraient avoir consommé des produits biologiques. Parmi eux, près des trois-quart déclarent consommer bio de manière régulière (au moins une fois par mois) et 16 % consommer des produits bio tous les jours.

Or, si le bio augmente de manière considérable, avec + de 40 % de croissance attendue des surfaces bio d’ici à 2019, l’exigence croissante du local reste elle difficile à satisfaire. Même en croissance, les productions actuelles ne parviennent pas à s’intégrer à cette demande de circuits courts de plus en plus recherchés par les consommateurs. Les distributeurs connaissent en effet des difficultés à s’approvisionner en France, et importent environ 30 % des produits bio qui sont consommés par les français.

Pour répondre aux objectifs de la transition alimentaire en matière de réduction d’impacts sanitaires et environnementaux, il faut alors repenser la chaîne de valeur et donc les business models eux-mêmes. Et ça la grande distribution l’a bien compris. Bertrand Swiderski, Directeur Développement Durable du Groupe Carrefour et membre du C3D, déclarait ainsi en ce sens : « En cinquante ans, nous avons créé un système qui correspondait aux demandes des consommateurs en matière de prix et de sécurité alimentaire, mais qui peut poser aujourd’hui des difficultés opérationnelles dans la transition alimentaire ».

La nécessité de changement est entendue et comprise par les acteurs au coeur de la transition alimentaire, demain ne peut donc qu’être un pas vers le mieux.