Cet article a été préalablement publié sur RSEDATANEWS.

Le Collège des Directeurs du Développement Durable (C3D) n’a jamais compté autant de membres. Pour son président, c’est le signe que les enjeux de RSE deviennent enfin stratégiques pour les entreprises. Fabrice Bonnifet annonce aussi une initiative conjointe avec l’Observatoire de la RSE : créer un référentiel commun de bonnes pratiques. Entretien.

RSEDATANEWS : quel bilan 2018 tirez-vous pour le C3D ?

Fabrice Bonnifet : Nous avons près de 20 membres de plus que fin 2017. Nous sommes donc à 121 membres à jour de cotisation. C’est d’ailleurs notre record depuis notre création il y a 11 ans.

RSEDN : cette augmentation du nombre de vos membres s’explique-t-elle par la plus grande attention que les entreprises accordent aux questions liées à la RSE ?

F. B : je pense effectivement qu’il existe un lien et que de plus en plus d’entreprises saisissent la finalité des questions de RSE. La durabilité dans la gouvernance est en train de devenir un sujet stratégique. Mais les entreprises se cherchent un peu sur cette question. Beaucoup sont d’accord pour faire autrement, mais ne savent pas toujours comment. Il faut pour cela de nouvelles méthodes, recruter de nouveaux profils, innover aussi bien dans les produits que dans les solutions business. C’est parce que nous pouvons les aider que le collège des directeurs du développement durable est attractif.

RSEDN : le C3D a-t-il radicalisé son discours ? Vous avez invité des personnalités comme Claire Nouvian, la fondatrice de l’ONG Bloom, ou le collapsologue Pablo Servigne à s’exprimer à la tribune de votre association…

F. B : Non. Mais il ne faut pas se voiler la face. La consommation globale est en survitesse par rapport à la résilience de notre planète. Elle ne résistera plus très longtemps au mode de vie actuel des 7,6 milliards d’humains. Il ne s’agit pas d’être un oiseau de mauvaise augure. Mais bien d’un fait scientifique. La question qui nous est posée est celle-ci : comment éviter les drames ? Des drames qui seront sociaux in fine. Pour continuer à vivre en paix, il faut resynchroniser nos modes de vies avec ce que la nature est capable de nous apporter.

Compliance de transition vs compliance de conformité

RSEDN : à votre échelle, et concrètement, qu’allez vous mettre en place au C3D pour répondre à cette urgence ?

F. B : il faut prouver qu’une entreprise peut être profitable sans détruire les écosystèmes nécessaires au business. L’Orse (Observatoire de la RSE, NDLR) et le C3D vont prendre le prétexte de la Loi Pacte pour lancer un groupe de travail commun. Son but ? Produire une sorte de livre blanc, ou de guide, ou de blog ou de Mooc – la forme exacte reste à définir – qui s’attaque aux vrais sujets de transitions à savoir la gouvernance, les systèmes de management et bien sûr les modèles d’affaires. Il s’agit de faire gagner du temps aux entreprises qui entament leur transition mais aussi de leur éviter la mise en place de « fausses bonnes solutions ». C’est Agnès Weil (Club Med) qui pilotera ce groupe pour le C3D.

RSEDN : Quelles sont les autres priorités du C3D pour 2019 ?

F. B : D’abord accompagner nos membres afin qu’ils adhèrent au mouvement des entreprises contributives. Il s’agit vraiment là de l’essentiel, de prendre en compte le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité dans nos modèles économiques. De penser à la fois à nos clients et à nos enfants. Nous allons ensuite nous pencher sur les achats responsables, en particulier dans l’application de la loi sur le devoir de vigilance. Un chantier d’autant plus vaste que les entreprises peuvent sous-traiter jusqu’à 80 % de leurs chiffre d’affaire. Nous nous intéresserons aussi au sujet des villes durables car c’est dans les agglomérations que les émissions de gaz à effet de serre et la consommation d’énergie sont les plus élevées. Enfin, nous voulons militer pour une compliance de transformation que nous opposons à une compliance de conformité. Nous militons en particulier pour la généralisation du rapport intégré.