La société de conseil en RSE et éditeur de solutions, Tennaxia, a rendu public les résultats de la 7ème édition de son étude sur les pratiques de reporting et rapports extra-financiers. Cette édition 2019 s’est intéressée à la première année de mise en application de la DPEF. 

Parmi les 87 entreprises qui ont pris part à l’étude, 52 % sont côtées en bourse. Un panel de répondants qui donne lieu à des différences en termes de CA, d’effectif de collaborateurs et de statut qui viennent dresser un bilan en concordance avec la réalité de l’exercice. Parmi les entreprises du panel, il faut souligner que 20 % d’entre elles n’étaient pas soumises à ce premier exercice de la DPEF et que seulement 56 % sont sujettes à la loi sur le devoir de vigilance. 

Pourquoi faire du reporting ?

Pourquoi des entreprises qui ne sont pas soumises à la DPEF se sont-elles saisies du sujet ? S’il s’agit pour la plupart (80 %) d’un exercice de conformité réglementaire, pour certaines, la Déclaration de Performance Extra-Financière représente un effort de reporting non-contraint. En effet, c’est depuis le 9 août 2017 seulement que la France a transposé dans ses lois la directive européenne sur la publication extra-financière. Les entreprises devaient jusqu’alors répondre d’une liste d’indicateurs clés ; aujourd’hui elles définissent des enjeux qui viennent définir une ligne stratégique pour l’entreprise. La DPEF est ainsi un outil de pilotage, qui peut faire basculer la résonance de l’exercice de reporting auprès d’acteurs jusque là non parties-prenantes. 

Un outil engageant et moins figé donc, qui donne lieu à des bénéfices certains pour l’entreprise rédactrice :

  • Dans un premier temps, la réflexion sur le modèle d’affaires, l’analyse des risques ou encore l’inventaire des politiques RSE font de la DPEF un outil à l’origine d’une meilleure compréhension de ce qui fait la création de valeur de l’entreprise. C’est ainsi que 80 % des entreprises du panel étudié ont abordé la notion de création de valeur via une réflexion approfondie sur le modèle d’affaires, qui est souvent le point d’entrée dans l’exercice de la DPEF.
  • Les enjeux sont mieux cernés par l’interne. La DPEF permet notamment de rassurer les investisseurs : ils sont 80 % à considérer qu’il est essentiel de prendre en compte la performance extra-financière d’une entreprise pour mesurer son potentiel de création de valeur à long terme, et donc investir (selon l’étude “Investing For a Sustainable Future”).
  • Un meilleur pilotage de la performance extra-financière intéresse aussi grandement les agences de notation qui accordent aujourd’hui beaucoup de crédit à la DPEF, en particulier grâce à la publication en toute transparence des KPIs sélectionnés en amont de l’exercice de reporting. 

87 % des entreprises ont ainsi identifié des bénéfices certains à conduire l’exercice de DPEF, y compris celles qui ne l’ont pas fait dans une démarche de compliance. 

Quel constat après cette première année de mise en application de la DPEF ?

L’étude Tennaxia sur cette première année de mise en application de la DPEF donne lieu à des constats et axes d’amélioration certains pour mieux faire état des enjeux extra-financiers. 

Comme tout exercice de reporting, établir la DPEF fût coûteux en temps et en investissement pour une équipe RSE en majorité composée de 1 à 3 personnes (dans 46 % des cas). Le comité de pilotage des entreprises répondantes était en effet à 70 % constitué du département RSE et RH, venait ensuite le service juridique (52 %) et les Risques (48 %). La direction financière ne fait donc pas partie des pilotes privilégiés. Le comité exécutif n’était impliqué que dans 43 % des cas et le comité de direction dans 26 %. Ces deux dernières unités avaient par ailleurs une implication limitée, puisqu’elles dans 79 % des cas il s’agissait d’un exercice de validation et dans 62 % de relecture. Ainsi, l’effort de reporting repose sur une partie de l’entreprise encore trop restreinte quand on sait que la DPEF a été pensée comme outil stratégique intégré. 

Une fois le comité de pilotage défini et avant de faire du reporting, il s’agissait pour les entreprises de mener une réflexion approfondie sur les KPIs à mobiliser. Leur sélection semble avoir posé problème pour la majorité des entreprises (72 %), qui ont rencontré des difficultés à déterminer la pertinence des KPIs (choix du ratio, choix de l’indicateur de référence…).

De plus, l’étude fait état du fait que l’exercice n’a entraîné des modifications effectives dans la gouvernance RSE que dans seulement 26 % des cas. Au regard de l’implication limitée de la direction financière au sein des comités de pilotage, il semblerait que l’exercice soit trop scindé et pas encore assez attaché au reporting financier pour permettre les transformations souhaitées.

Une fois le rapport établi et le temps venu de la communication externe, la portée de la DPEF est elle limitée. Le rapport n’a ainsi été publié que dans le Rapport Intégré pour 7 % des entreprises. Or, le rapport intégré n’est pas aisément communicable au grand public, et 66 % des entreprises du panel déclarent n’avoir publié sur aucun réseau social. Elles sont plus 77 % à ne pas connaître l’audience de leurs publications RSE et seulement la moitié de celles qui en ont connaissance sont satisfaites de celle-ci. 

Un constat qui s’analyse certainement en partie par une mauvaise sélection des KPIs en amont et des rapports encore trop compliqués. Ils ne sont en effet pas en adéquation avec la volonté de progrès et de mobilisation générale dont ils sont les fruits. 

Le changement climatique : principal risque identifié 

Avant de commencer l’exercice de reporting en propre, les entreprises n’ont pas seulement dû analyser leur modèle d’affaires et leurs KPIs, mais aussi faire état des risques extra-financiers auxquels elles sont exposées. 73 % des entreprises ont ainsi publié au moins une analyse des risques extra-financiers ou au moins une analyse de matérialité. 

Pour ce faire, elles sont plus de la moitié (53 %) à avoir établi une cartographie des risques et sont presque un tiers (31 %) à avoir réalisé une matrice de matérialité. Elles ont en majorité retenues entre 6 et 10 risques, parmi lesquels : le changement climatique (83 %), l’éthique des affaires (71 %), l’attractivité et développement des talents (68 %), la santé et la sécurité des collaborateurs (66 %), les achats responsables (64 %) ou la sécurité des produits et services (49 %). 

Le changement climatique est de loin le plus grand risque perçu par les entreprises du panel. Il devance de loin les autres risques environnementaux identifiés. Le réchauffement climatique étant un sujet non sociale, très technique à mesurer et à traiter, il est intéressant de voir que les entreprises le place si haut dans leur cartographie des risques. Une véritable prise conscience semble à l’oeuvre !

La mise en place de la DPEF impose aux entreprises un nouveau mode de reporting, qui implique d’étudier de manière plus transversale et détaillée des thématiques jusque-là seulement recensées pour la plupart. L’exercice s’est avéré positif pour la majorité des entreprises qui y voit une opportunité de transparence et un véritable levier de transformation. Néanmoins la méthodologie de la DPEF manque encore de clarification pour être exécutées de manière complètement transverse au sein de l’entreprise. Des efforts sont également encore à faire au niveau de la communication.