L’égalité femmes-hommes est un sujet de plus en plus plébiscité, et dont les médias s’emparent sur tous les plans en France. Sont ainsi de plus en plus relayées les actualités de violences physiques faites aux femmes, et les inégalités de toutes formes : concernant l’accès à l’éducation, à la vie politique, propres au milieu familial et bien sûr au milieu professionnel.

Cette dernière catégorie d’inégalité fait l’objet de beaucoup de mesures et d’interventions, de la part de la sphère politique notamment. Le mercredi 10 avril dernier, l’Inspection du Travail annonçait ainsi ses orientations pour l’année 2019 en affichant la réduction des inégalités salariales femmes-hommes comme l’une de ses priorités. 7 000 contrôles dans les entreprises de plus de 1 000 salariés devraient en ce sens être effectués au cours de l’année, avec pour objectif de s’assurer que les entreprises respectent bien les règles d’égalité de salaire entre les femmes et les hommes.

Où en est-on actuellement en France et dans le monde sur l’enjeu des inégalités salariales et des inégalités professionnelles en général ? Si une prise de conscience collective est réelle et que des chemins se dessinent vers une véritable réduction des inégalités, des étapes restent encore à franchir pour mobiliser tous les atouts permis par le travail des femmes.

L’égalité femmes-hommes : l’heure du bilan

Aujourd’hui en France, l’écart de salaire entre les hommes et les femmes est de 23,7 %, ce qui place le pays comme l’un des plus mauvais au monde en terme d’égalité salariale. De plus, d’après le rapport mondial du WEF (World Economic Forum), en 2018, la France était classée 17ème pays en terme de parité femmes-hommes. Et en ce qui concerne l’égalité de salaire brut, la France se positionne comme le second pays le plus mauvais au monde, avec un score de 3,32. L’objectif et la volonté sont là, mais pas (encore) les résultats.

Les femmes représentent 52 % de la population française, mais leur salaire est inférieur de 26 % à celui des hommes. En ce qui concerne le taux d’activité professionnelle, le taux moyen d’activité des femmes dans le monde est de 48 %. C’est légèrement plus en France, avec un taux moyen en 2018 de 50 %, sur le total de la population active. Le pays avec le meilleur taux est la Rwanda avec 81 %, et celui avec le moins bon est l’Afghanistan, avec 20 % de femmes actives sur le total de la population active. De plus, le taux d’emploi va en effet devoir être considéré dans les limites d’une nouvelle variable handicapante : la robotisation. L’égalité femmes-hommes à l’ère de la robotique est en effet menacée, avec un total de 180 millions d’emplois actuellement occupés par des femmes en danger.

Lorsque l’on s’intéresse aux types de postes occupés, on constate qu’en France la majorité des femmes occupent des emplois dits “non qualifiés”. En effet, 62 % des employés recensés comme appartenant à cette catégorie sont des femmes. Elles sont néanmoins sous-représentées quand il s’agit de postes de niveau cadre, puisqu’elles sont 40 % à avoir ce statut en France. Parmi les femmes également, seulement 12 % sont cheffes d’entreprises de plus de 50 salariés, une fonction qui est donc briguée par les hommes à hauteur de 88 %.

Concernant le type de contrat, les femmes occupent la majorité des postes à temps partiels (80 %) et à bas salaires (75 %).

Elles forment donc une population encore largement précarisée sur le marché du travail en France. Ce constat ainsi dressé fait l’objet d’un axe de progrès de plus en plus intégré aux politiques publiques pour l’emploi. Les femmes actives françaises peuvent ainsi espérer accéder à des postes au statut plus élevé, mieux rémunérés et moins précaires.

Une prise de conscience collective et engageante vers plus d’égalité femmes-hommes

Au cours des dernières décennies, l’égalité entre femmes et hommes a connu des avancées sensibles. La loi du 4 août 2014 par exemple a impulsé une véritable incitation au changement, et depuis, ce sont de plus en plus de textes qui sont publiés et de mesures qui sont prises pour donner un cadre juridique à l’égalité femmes-hommes.

L’égalité de traitement en milieu professionnel implique ainsi pour l’employeur de respecter les principes suivants :

  • interdiction des discriminations en matière d’embauche,
  • absence de différenciation en matière de rémunération et de déroulement de carrière,
  • obligations vis-à-vis des représentants du personnel (mise à disposition d’informations relatives à l’égalité professionnelle dans la base de données économiques et sociales, négociations),
  • information des salariés et candidats à l’embauche et mise en place de mesures de prévention du harcèlement sexuel dans l’entreprise.

Toutes les entreprises d’au moins 50 salariés ont l’obligation d’être couvertes par un accord ou un plan d’action annuel qui assure l’égalité professionnelle, notamment en terme de rémunération salariale. Ces conditions sont fixées en grande partie par l’article L. 2242-8 du code du travail et par les articles R. 2242-2 à R. 2242-1. Toute entreprise éligible qui ne s’y soumettrait pas encourrait des sanctions financières.

En cas de discrimination effective, les salariés victimes de discrimination peuvent saisir le Conseil des Prud’Hommes qui peut faire encourir des sanctions civiles à l’employeur : annulation de la mesure prise et versement de dommages et intérêts. L’action d’une victime, d’une organisation syndicale ou d’une association peut également entraîner l’action du tribunal correctionnel. Les sanctions peuvent aller jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende dans le cas où il y a un refus à l’embauche, une sanction ou un licenciement fondé sur un motif discriminatoire. De manière plus précise, si l’employeur n’assure pas une égale rémunération entre les hommes et les femmes pour un travail de valeur égale, il encourt à une peine de prison qui peut aller à plus d’un an et à une amende de 3 750 euros.

Cet encadrement législatif est accompagné d’un encadrement politique. Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) a ainsi été créé en 2013 comme une instance consultative indépendante à destination des citoyens français. Depuis 2017, le HCE a été inscrit dans la loi relative à l’égalité et la citoyenneté, ce qui vient renforcer ses prérogatives dans son rôle d’évaluation des politiques publiques en terme d’égalité femmes-hommes, notamment en évaluant les impacts des lois.

Si de telles mesures sont prises c’est parce que la société civile s’en mêle. Une volonté d’aller vers plus d’égalité qui transparaît lors de manifestations et autres expressions publiques. Nous citerons bien sûr les actions des Femen, mais aussi la Journée Internationale du Droit des Femmes qui a lieu le 8 mars. Elle est un symbole fort de l’inégalité salariale femmes-hommes, puisqu’elle est avant tout marquée par la possibilité pour les femmes d’arrêter de travailler à 15h40. Heure à laquelle elles commencent à travailler “gratuitement” au regard de la discrimination salariale qu’elles subissent.

La prise de conscience commence à être collective, et surtout à être rendu inacceptable pour les citoyens français dès leur plus jeune âge. Côté éducation, aucune réponse exacte n’est donnée, mais les chercheurs avancent des pistes, comme celles de valoriser les accomplissements des femmes dans tous les domaines, pour faire comprendre aux jeunes enfants que tous les grands scientifiques ou politiques ne sont pas forcément des hommes.

Des avancées sensibles sont déjà bien visibles. L’Oréal par exemple a fait passer les inégalités salariales entre les femmes et les hommes de 10 à 3 % en moins de 10 ans. Ses efforts ont payés puisque la marque est aujourd’hui classée 1ère sur 3 000 entreprises internationales en terme d’égalité femmes-hommes (étude de l’ONG Equileap).

Le travail des femmes à d’autres vertus que celles de l’indépendance, de l’autonomisation et de la liberté. En effet, selon une étude du Fonds Monétaire International publié en mars 2019, les inégalités salariales entre les femmes et les hommes causeraient des pertes économiques considérables. Elles atteignent jusqu’à 10 % du PIB pour les pays développés et jusqu’à 30 % pour les pays en développement. Ce déséquilibre équivaut à une perte de 5 800 milliards de dollars, soit à une perte de 3,9 % du PIB mondial. Pour l’heure, les inégalités persistent et les stéréotypes se maintiennent dans l’imaginaire collectif. D’après le World Economic Forum, il faudra attendre 170 ans pour qu’une égalité économique entre les femmes et les hommes puissent être atteintes. En espérant que l’égalité économique appelle à l’égalité sociale et culturelle…