Dans le cadre du forum Convergences 2017, le C3D a co-organisé le 5 septembre dernier une conférence sur la thématique suivante « Quelle coalition pour l’égalité entre les sexes ? ». Cette rencontre fut l’occasion de réfléchir aux meilleurs moyens de réaliser l’ODD n°5 qui prône l’égalité entre les sexes et de réfléchir collectivement sur les questions suivantes : Quels types d’alliances nouvelles doit-on nouer pour atteindre cet objectif universel ? Que peuvent et que doivent faire les entreprises pour aller plus loin sur la voie de l’égalité entre les femmes et les hommes ? Autant de sujets et interrogations dont les protagonistes ont pu débattre, en montrant que des progrès se font et que des solutions existent. Retour sur ce temps d’échange.

Autour d’Hélène Valade, Directrice Développement Durable chez Suez, vice-présidente du C3D et animatrice de la conférence, quatre intervenants étaient invités à témoigner ou apporter leur expertise :

  • François Garreau : Responsable du Développement Durable de Generali et membre du C3D.
  • Corinne Hirsch : co-fondatrice du cabinet AEQUISO, consultante et experte sur le sujet de l’égalité et Vice-présidente en charge des think tanks – PWN Paris.
  • Sébastien Ricard : Directeur du développement durable et des affaires publiques chez Paprec et membre du C3D.
  • Fanny Benedetti : Responsable du Pôle Genre, Education, Population, Jeunesse au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

Le France encore loin de la parité hommes / femmes

Comme le rappelle Hélène Valade : beaucoup reste à faire dans ce domaine. Qu’il s’agisse des entreprises du CAC 40 ou d’entreprises plus petites, nous sommes encore très loin de la parité dans les conseils d’administration. Cela fait pourtant longtemps que les chercheurs, les sociologues étudient le sujet et ont démontré les bienfaits de l’égalité. Il a même été démontré que l’égalité hommes / femmes générait de la croissance et constituait un puissant levier d’action pour susciter du développement économique. Une étude de McKinsey a ainsi montré qu’il existait un potentiel de 26 % de croissance mondiale susceptible d’être provoqué par l’égalité hommes / femmes. Et pourtant, malgré cela, une information communiquée lors du forum de Davos précisait qu’il faudrait attendre l’an 2186, soit 189 ans, pour que se réalise enfin la parité économique entre les hommes et les femmes.

Certains chiffres parlent d’eux même. Comme le rappelait à juste titre Corinne Hirsch : les Nations Unies ont présenté la situation des femmes en quatre chiffres : les femmes représentent 50 % de l’humanité, deux-tiers du temps de travail (en tenant compte du temps de travail rémunéré mais aussi non rémunéré), 10 % des revenus mondiaux et 1 % de la propriété mondiale.

Après les premières étapes que constituaient les Objectifs du Millénaire pour le Développement en 2000, dès 2005 l’on s’apercevait que l’eugénisme des filles persistait dans nombre de pays, ce qui révélait des résistances au changement et la persistance d’une vision archaïque de la place des femmes. En effet, même si l’on sait que ne pas progresser sur l’égalité femmes / hommes est un frein au développement, des archaïsmes demeurent, et cela pour des raisons diverses, notamment culturelles.

Il y a aujourd’hui une véritable nécessité de faire sortir les femmes de leur statut de « victimes » pour qu’elles deviennent actrices et soient des leviers du changement et du développement.

L’engagement des Groupes Paprec et Generali

Pour Sébastien Ricard, Directeur Développement Durable chez PAPREC et membre du C3D, même si il reste du chemin à parcourir, notamment en termes de représentation des femmes au Comex, toutes les politiques en faveur de l’égalité hommes / femmes du Groupe sont directement portées par le PDG. Actuellement dans la moyenne du secteur du recyclage, avec 20 % de femmes dans l’entreprise, l’entreprise reste très active et vigilante sur ces sujets.

Chez Generali, 4 membres du Comex sur 11 et 52 % des cadres supérieurs sont des femmes. De ce fait, l’entreprise est considérée par les observateurs spécialisés comme une entreprise plutôt vertueuse sur ces sujets. Dans le passé, l’assurance était une profession qui était très masculine, c’est pourquoi de nombreuses mesures ont été prises pour féminiser l’entreprise. Pour l’attractivité de Generali, avoir des politiques actives sur ces sujets est essentiel par rapport à la marque-employeur, notamment en termes de recrutement. Aujourd’hui, Generali exige une parité absolue pour tous les postes : 50 % d’hommes et 50 % de femmes. Autre levier d’action pour Generali : faire pression sur les entreprises partenaires pour aller plus loin sur le chemin de l’égalité. Comment ? En encourageant les entreprises que Generali finance en tant qu’investisseur à mener des politiques d’égalité hommes / femmes.

L’égalité hommes / femmes portée par les pouvoirs publics

Aujourd’hui, comme le souligne Fanny Benedetti, la préoccupation de l’égalité entre les sexes irrigue d’autres sphères. Pour la puissance publique, l’égalité entre les sexes et l’amélioration de la condition féminine de par le monde sont loin d’être une question anecdotique. La France, à travers sa politique d’aide au développement, encourage et promeut l’égalité auprès de porteurs de projets à l’étranger. Mieux, elle conditionne l’octroi d’aides publiques à des projets de développement en fonction de leurs impacts sur l’égalité des genres. En s’appuyant sur un indicateur développé par l’OCDE, chaque projet est analysé sur ces aspects et si le projet n’a aucun impact sur la condition des femmes ou n’amène pas plus d’égalité sur le territoire, le financement n’est tout simplement pas accordé. Cette question est devenue une condition sine qua non de l’attribution de financements du programme français d’aide au développement.

Mais malgré la volonté et le cap fixé par les ODD, qui constituent un cadre de référence utile et applicable à tous, la route reste longue.

Au final, beaucoup reste à faire mais la volonté de progresser semble de plus en plus partagée par les femmes… et par les hommes. Et dans cette quête et ces efforts à intensifier en France, en Europe et ailleurs, les directions du développement durable et les responsables RSE ont un rôle éminent à jouer comme facilitateur, comme porteur interne de ce sujet et comme aiguillon. Aujourd’hui, le cap est tracé. En route vers l’ODD n°5… et les 16 autres !