Les impacts de la crise sanitaire que nous subissons aujourd’hui se sont fait sentir jusque dans la logistique des organisations. Les entreprises ont été forcées de repenser leurs stratégies afin de maintenir une activité minimale. Avec les demandes massives de produits indispensables à la lutte contre le virus et l’application des gestes barrières, les réflexions autour de la supply chain, déjà amorcées ces dernières années, se sont amplifiées. De nombreuses stratégies se sont ainsi mises en route au sein des entreprises afin de s’adapter aux nouvelles conditions de fonctionnement, ainsi qu’aux nouvelles demandes des consommateurs, vers des produits plus respectueux de l’environnement notamment. Le Covid19 serait-il à l’origine de la naissance d’une supply chain plus résiliente ? 

Des réflexions sur la supply chain déjà amorcées dans le cadre de la crise climatique 

Le sujet de la supply chain a fait l’objet d’un atelier au sein du C3D durant le confinement. Les membres ont pu échanger sur les nombreuses possibilités d’action pour consommer moins, produire moins de déchets et moins polluer. De cet atelier on retiendra principalement un constat : peu d’efforts sont actuellement mis en place sur les transports afin de moins polluer. Il s’agit d’un manque de flexibilité et de modernité largement reproché à ce secteur tandis que des solutions se sont développées. Le manque de prise en compte des objectifs de développement durable risque pourtant de coûter cher sur le long terme. Une collaboration entre Directeurs du Développement Durable et Directeurs Logistique a également été évoquée et semble indispensable pour développer de nouvelles stratégies de supply chain responsables. 

L’émergence d’un nouveau modèle de supply chain était déjà en réflexion avant la crise sanitaire du fait de son impact environnemental. De nombreux directeurs RSE placent aujourd’hui la réflexion sur la réduction des GES dans leur feuille de route. Il s’agit d’un engagement qui implique des efforts concrets mais qui s’avère facilement mesurable. 

Les achats responsables, autre pilier de la RSE, constituent également des leviers de changement positif permettant d’acquérir une bonne image auprès des consommateurs tout en réduisant potentiellement l’impact énergétique ; 86 % des entreprises en sont conscientes (étude Bp2r).

Les entreprises ont ainsi tout intérêt à se pencher amplement sur la question d’autant qu’elles disposent d’outils d’accompagnement. C’est le cas par exemple du programme « Engagements volontaires pour l’environnement » (EVE) de l’agence de la transition écologique (ADEME) qui dispose d’un volet Objectif CO2 afin de mobiliser des entreprises volontaires du transport routier de marchandises, voyageurs et grossistes. Il existe également le dispositif EVcom pour les commissionnaires. Ces entreprises engagées suivent un ensemble de fiches d’actions et formations permettant de réduire entre 5 % et 15 % de la consommation de gazole. 

Il existe également des chartes RSE dédiées aux métiers de la supply chain tel que FRET21, appartenant au programme EVE, qui a “pour objectif d’inciter les entreprises agissant en qualité de donneurs d’ordre des transporteurs à mieux intégrer l’impact des transports dans leur stratégie de développement durable.”

Comment la crise sanitaire a propulsé de nouvelles réflexions autour de la supply chain ? 

Le Covid-19, et le confinement qui en a découlé, ont provoqué de nouvelles habitudes de consommation. Le respect des gestes barrières et notamment de la distanciation sociale implique que le consommateur soit livré au plus proche de son domicile afin d’éviter les contacts supplémentaires. Dans le cadre de l’évolution imposée des conditions de fonctionnement, les entreprises ont dû s’adapter rapidement. 

La fermeture de nombreux points de vente et de sites a permis aux entreprises de prendre le temps de la réflexion. Cette pause offre l’opportunité de replacer l’humain au cœur de l’organisation grâce à l’écoute notamment. Beaucoup d’entreprises ont organisé des ateliers ouverts à l’ensemble des collaborateurs afin de débattre des besoins et attentes dans le cadre de la protection de leur santé. Les dialogues avec les fournisseurs et les clients ont également évolué grâce à une meilleure collaboration et des gestes de solidarité, tous deux indispensables dans un contexte de crise.

Malgré les difficultés à surmonter dans la réorganisation de la supply chain, il est important d’en retenir le positif : la crise doit être mise à profit pour repenser la logistique au sein des entreprises en la simplifiant. L’agilité et la solidité, propres à la résilience, doivent être envisagées en priorité afin d’appréhender de futures crises et répondre aux défis de demain.

Le digital et l’Intelligence Artificielle comme pistes pour une supply chain plus résiliente

Grâce à l’e-commerce, de nombreuses entreprises, dont les points de ventes ont fermés, ont pu s’en sortir. L’agilité du digital a ainsi été prouvée une nouvelle fois, à condition de disposer d’une supply chain adaptée. 

L’impact du digital sur la logistique est important puisqu’il offre un pilotage de la performance optimisé. L’information est en effet partagée de façon efficace et analysée de sorte à anticiper les besoins des consommateurs. Il permet également une réduction des coûts grâce à la mise en place de systèmes de suivi des flux en temps réel. Associé à l’Intelligence Artificielle, le digital représente un outil efficace dans la gestion des enjeux économiques et sanitaires. Cependant, il ne s’agit pas d’une solution idéale compte tenu de son impact énergétique. 

L’Intelligence Artificielle permet d’analyser une grande partie de la supply chain à partir des données de transport afin de détecter des anomalies de fonctionnement et ainsi optimiser le parcours. L’automatisation et l’efficacité offertes par l’IA permettent aux entreprises de prévoir les variations de la demande afin d’ajuster les ressources en conséquence. Cela permet notamment d’optimiser les déplacements et d’anticiper les besoins de demain. Ici aussi cependant, la question de l’impact énergétique demeure et implique de pousser les recherches pour trouver une solution à impact neutre. 

La crise sanitaire est à l’origine de nombreuses réflexions sur l’évolution de la supply chain, des réflexions déjà amorcées par la crise climatique latente. La question de la résilience, souvent évoquée dernièrement au sein des RSE, constitue aujourd’hui le modèle indispensable dans un contexte instable. RSE et logistique doivent collaborer afin de repenser leurs schémas de transport, le matériel et l’impact CO2.