D’après le sondage YouGov publié par Le HuffPost, 50 % des Français veulent allonger le congé paternité et 59 % d’entre eux considèrent qu’allonger le congé paternité permettrait de favoriser l’égalité hommes-femmes. En quoi le congé paternité est-il un levier de la lutte contre les inégalités ? Quelles sont les conséquences du système de congé actuel ? Et quelles entreprises françaises sont avant-gardistes sur ce sujet ? Éclairage sur cet enjeu sociétal montant.

Le congé paternité et d’accueil de l’enfant, instauré en 2002 par Ségolène Royal, prévoit en plus des trois jours de naissance obligatoires, 11 jours calendaires (week-end inclus) ou 18 jours pour une naissance multiple. Comparé aux jeunes mères qui disposent d’un congé maternité de seize semaines rémunéré à hauteur de 100 % de leur salaire, le déséquilibre est flagrant.

Congé paternité, un déséquilibre qui en entraine un autre

L’arrivée d’un nouveau-né bouleverse complètement l’organisation et le quotidien d’une famille, qu’il s’agisse du premier ou d’un énième enfant. Or, les psychologues s’accordent à dire qu’il faut au minimum 21 jours pour mettre en place des habitudes. Le congé paternité ne permet donc pas en l’état de favoriser l’équilibre dans la gestion du foyer.

Cette durée de congé paternité a de nombreuses conséquences sur la carrière professionnelle des hommes et des femmes et contribue à enraciner les carcans du patriarcat. Par exemple, comme le père reprend rapidement le travail, c’est la mère qui se trouve seule pendant les premiers mois de vie de l’enfant, et, en restant à domicile, endosse l’ensemble des tâches domestiques. Par la suite, cette nouvelle organisation demeure, y compris après le retour en entreprise, et déséquilibre en profondeur l’organisation familiale. La dessinatrice Emma connue pour sa planche sur « La charge mentale » a publié en juillet dernier « L’attente« , un plaidoyer décrivant finement les déséquilibres au sein du couple ainsi que les échelles de valeurs ancrées dans notre société.

De surcroît, la plupart des cadres ne prennent pas leurs congés paternité car il est mal indemnisé par l’Assurance Maladie : l’indemnisation est déterminée en fonction du salaire, avec un montant maximal de 86 euros par jour. Une situation frustrante pour les pères qui veulent s’investir dans leur famille et qui subissent une stigmatisation forte au travail et dans leur entourage car ce n’est pas la norme.

Le congé paternité en Europe

Chez nos voisins européens, on observe de grandes disparités. Comme souvent sur les questions sociales, les pays scandinaves (notamment Suède et Finlande) ont plusieurs longueurs d’avances en accordant plus de 50 jours de congés paternité.

L’Allemagne est un cas particulier : les parents, pères comme mères, bénéficient d’un congé parental d’une durée maximale de douze mois qui peuvent être alternés entre les deux parents ou simultanés. Les mères bénéficient en sus d’un congé maternité de quatorze semaines en tout. Ce dispositif incite les jeunes parents à se relayer et à équilibrer la répartition des tâches.

Quelques entreprises françaises ouvrent la voie du congé paternité étendu

Tandis que le gouvernement étudie la possibilité d’étendre le congé paternité à quatre semaines, plusieurs entreprises françaises ouvrent déjà la voie vers plus d’égalité hommes-femmes :

  • Etsy France : 26 semaines : « Le congé parental chez Etsy compte 26 semaines payées au salaire plein pour tous les parents, sans considération de genre, de pays de résidence ou de situation familiale. »
  • Patagonia : 12 semaines : « Patagonia a toujours mis un point d’honneur à créer un environnement de travail laissant une place importante à la vie de famille. Des études montrent que les employés qui se sentent soutenus par leur entreprise sont plus performants et engagés dans leur travail », déclare Evelyn Doyle, directrice des Ressources Humaines en Europe.
  • Aviva France : 10 semaines : « En instaurant ce congé de parentalité, nous avons souhaité promouvoir l’égalité professionnelle en supprimant les barrières inconscientes qui peuvent se manifester au moment d’une embauche ou d’une promotion, et qui peuvent discriminer les femmes », commente Anne-Sophie Curet, Chief People Officer d’Aviva France.
  • Mastercard : 8 semaines : « Si la séparation entre vie professionnelle et vie privée s’amenuise, il est d’autant plus important d’apporter une plus grande souplesse et liberté d’organisation. Aujourd’hui, suivant l’évolution de la société, il nous tenait à cœur de proposer cette évolution à l’ensemble des collaborateurs de Mastercard dans le monde », précise Bart Willaert, directeur général de Mastercard France.
  • Ikea France : 5 semaines : « 5 semaines de congé de paternité et d’accueil de l’enfant, rémunérées à 100 %. Avec cet accord, nous voulons donner une chance à toutes les collaboratrices et tous les collaborateurs, quelle que soit la configuration familiale dans laquelle ils vivent, de pouvoir s’occuper de leur enfant. Pour nous, il est crucial de reconnaître les différentes situations de nos collaboratrices et collaborateurs afin de créer, pour chacun, un environnement de travail ouvert et inclusif et d’encourager l’épanouissement de ceux-ci. Cet accord s’inscrit dans notre culture d’entreprise suédoise, qui reconnaît aussi bien la place de la mère que du père dans l’accueil et l’éducation des enfants », souligne Majda Vincent, Directrice des Ressources Humaines d’IKEA France.

Plus que jamais au coeur du débat, le congé paternité est même aujourd’hui le sujet d’une pétition en cours sur change.org rassemblant déjà près de 90 000 signatures. Affaire à suivre.