Par Fabrice Bonnifet, Vice-Président du C3D, Directeur Central DD & Qualité Sécurité Environnement Groupe Bouygues

 

La première idée est que nous devons essayer de convaincre que les solutions existent, que le problème n’est pas la technologie ou plus exactement l’insuffisance de technologie ; le véritable enjeu réside dans la mise au point des nouveaux modèles économiques.

Des modèles qui prennent en compte le découplage entre les flux de matières et la croissance économique, des modèles qui privilégient la commercialisation d’un service adapté ajusté aux besoins, des modèles qui abandonnent le volume des produits vendus au profit de la qualité perçue des usages. Ces modèles émergent déjà partout dans le monde, il convient donc d’en accélérer le déploiement.

La seconde idée porte sur  l’évolution de nos modes de management. Arrêtons de raisonner exclusivement en termes d’objectifs. Ce qu’il faut privilégier, ce n’est pas la recherche des résultats souvent inatteignables à court terme, mais plutôt les processus qui y conduisent. La grande majorité des raisons qui font qu’un programme politique ou qu’un plan stratégique d’une entreprise, ne satisfait pas aux attentes des parties prenantes sont davantage liées aux déficiences des processus…  qu’à celles des personnes en charge de les mettre en oeuvre.

Le rôle du management est de faire évoluer les processus, plutôt que d’obliger les individus à faire toujours mieux des tâches dont la plupart, ne devraient plus avoir cours! Définitivement, ne recherchons pas l’utopie de la perfection tout de suite, mais optons pour une amélioration continue, mesurée et méthodique.

La troisième idée est que nous devons décider une fois pour toutes de simplifier la vie des entrepreneurs. Depuis 30 ans, l’inflation des obligations de toute nature a fini par entraver le goût de l’entrepreneuriat. Les entreprises  sont favorables à la régulation, car  l’exemple du Grenelle a montré que la réglementation peut être une source de progrès considérable, mais nous devons savoir aussi supprimer les règles anciennes ou inadaptées aux temps présents et cesser d’empiler des normes juridiques obsolètes sans réfléchir aux conséquences.

La quatrième idée consiste à mettre fin au discours qui véhicule que la crise inhibe toutes les solutions pour s’en sortir. C’est faux, les opportunités de business abondent mais les entreprises doivent apprendre à mieux coopérer en synergie avec leurs parties prenantes et notamment leurs clients. Les relations classiques de subordination entre acteurs doivent évoluer vers des pratiques plus collaboratives, de co création et de partage équitable des bénéfices de la valeur créée. Le web fonctionne déjà comme cela, les générations Y raisonnent comme cela, les start up naissent selon ce principe, mais hélas pas encore les entreprises et encore moins les services de l’Etat. Le cloisonnement, la méfiance et la certitude sont les 3 postures qui mènent directement à l’échec.

La cinquième idée est de booster l’innovation. Mais attention les innovations ne doivent pas être seulement techniques, elles doivent être également des transitions économiques, sociales et morales. Le développement durable induit avant tout une transformation sociétale qui doit sublimer le progrès en tout domaine au service de l’humain et de la préservation des  ressources. N’oublions pas non plus de chercher ce que l’on peut faire tout de suite, au lieu d’expliquer sans arrêt ce que l’on ne peut pas faire parce que… !

La 6ème et avant dernière idée et consiste à poursuivre la lutte contre la procrastination, cette fâcheuse tendance qui consiste à remettre à plus tard l’action que l’on peut faire aujourd’hui. Le manque d’ambition, de courage, de temps ne doit pas servir d’oreiller de paresse aux partisans de l’inaction. N’oublions pas ce que disait d’Edgar Morin : « qu’à force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel. »

Enfin, la 7ème et dernière idée qui aborde la transition vers une société plus responsable est manifestement la plus ambitieuse, car il s’agit de faire émerger des donneurs de souffle, des apporteurs de sens, des fédérateurs de compétences individuelles et surtout collectives, des créateurs de vie, des « épanouisseurs » de talents, des libérateurs d’autonomie, des multiplicateurs d’énergie, bref des leaders du progrès.

Ce qui nous manque le plus aujourd’hui, ce sont des leaders reconnus et surtout exemplaires…. car l’exemplarité n’est pas une façon d’influencer, c’est la seule !