Interview d’Olivia Conil Lacoste, Directrice développement durable de Bouygues Immobilier, préalablement publiée sur Ecologik Magazine.

Quels sont selon vous les enjeux de la transition énergétique dans la construction ?

Les enjeux environnementaux ont fait du bâtiment un des premiers leviers de la transition énergétique. Pour atteindre ses objectifs, il faut agir sur la phase d’exploitation de nos réalisations, mais également réduire considérablement les émissions en phase de construction, en développant des modes constructifs sobres en carbone et en limitant la tension exercée sur les ressources naturelles, notamment à travers le déploiement de l’économie circulaire.

Bouygues immobilier porte l’innovation et le développement durable dans son ADN. Dès 2010, nous nous sommes engagés à concevoir l’ensemble de notre production de logements en BBC. Dès 2011 ont été livrés nos premiers bureaux à énergie positive Green Office®, avec garantie de charges pour les occupants via notre filiale Aveltys, suivis en 2012 par nos premières opérations de logements Bepos. Cette expertise en immeuble « vert » a été progressivement étendue à l’échelle de l’îlot, puis du quartier. Nous travaillons aujourd’hui, à ces différentes échelles, à diminuer l’empreinte carbone de notre production, par de nouveaux choix constructifs et par la mise à disposition de services bas carbone à destination des futurs usagers.

Comment l’appliquez-vous concrètement dans vos programmes ?

Entre autres projets, pour illustrer l’évolution de nos modes constructifs, nous développons actuellement des programmes bois de grande envergure. Nous livrerons fin 2018 aux Batignolles à Paris le Green Office Enjoy, le plus grand immeuble de bureaux à énergie positive et à structure bois en France, distingué par le label BBCA (Bâtiment bas carbone). Nous avons aussi démarré à Strasbourg l’opération Sensations : premier immeuble de logements de grande hauteur 100 % bois.

À l’échelle du quartier, nous répondons plus largement aux enjeux de la ville sobre en carbone en déployant des démarches d’économie circulaire multiacteurs ou des smart grids énergétiques et thermiques, qui favorisent la sobriété et la mutualisation. La démarche de déconstruction sélective que nous avons menée sur le campus de Sanofi, à Bagneux, est exemplaire : sur 27 000 m2, nous avons réussi à recycler ou réemployer 82 % des matériaux, sans engendrer de coûts ni de délais supplémentaires. Nous généralisons aujourd’hui cette démarche à d’autres opérations, notamment sur l’Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand.

Nous avons près d’une dizaine de références de smart grids. Le plus historique est celui d’Issygrid, le premier site pilote en France de réseau énergétique intelligent, lancé en 2011 à Issy-les-Moulineaux et rendu totalement opérationnel en 2016. L’ensemble du quartier a été équipé d’outils de mesure des consommations en temps réel pour mutualiser la production et la consommation d’énergie. Autre exemple emblématique, l’écoquartier Nanterre-Cœur-Université, en cours de travaux, qui mixera à terme 35 000 m2 de logements, 27 000 m2 de bureaux, 14 000 m2 de commerces, services et équipements : le mix énergétique sera cette fois assuré à hauteur de 60 % par une boucle tempérée fonctionnant à l’aide des ressources géothermiques. Pour aller plus loin, nous testons aussi un démonstrateur de blockchain sur Eurêka Confluence à Lyon, véritable démonstrateur de la ville durable.

Enfin, le respect de la biodiversité est un des enjeux majeurs de la transition énergétique chez Bouygues immobilier. À ce titre, nous sommes fiers d’avoir reçu en octobre 2017 trois des 24 premiers labels Biodivercity décernés à des maîtres d’ouvrage par le Cibi (Conseil international biodiversité et immobilier), avec qui nous testons aujourd’hui une labellisation pilote à l’échelle du quartier.

Quels sont pour vous les leviers sur lesquels il faut insister pour construire la ville écologique ?

L’expérience nous a démontré que la ville écologique doit impérativement replacer l’humain au cœur du projet urbain. Les performances énergétiques et écologiques ne peuvent être atteintes au détriment de la qualité d’usage et de l’impact sociétal de nos opérations. Il faut nécessairement développer une approche plus souple dans la conception des bâtiments, pour mieux prendre en compte la diversité des scénarios d’usage et améliorer la qualité de vie en ville. À nous d’offrir aux usagers des solutions et des services bas carbone compatibles avec leur mode de vie et générateurs de mieux-vivre. C’est pourquoi nous privilégions aussi des certifications de performance globale qui intègrent des critères de confort et de santé, comme NF Habitat HQE en logement ou Breeam en tertiaire, une méthode d’évaluation du comportement environnemental des bâtiments.

Quels sont les manques que vous ressentez dans vos métiers pour mettre en place la transition énergétique ?

Notre challenge est d’intégrer des innovations de service et de nouvelles manières de bâtir en restant dans des prix acceptables par nos clients. Cela est plus facile en immobilier d’entreprise, car les investisseurs ont compris l’importance de l’économie verte. En revanche, les ménages n’ont pas toujours aujourd’hui la capacité de financer la transition écologique. L’enjeu est de coupler la performance environnementale de nos logements à des prix qui restent abordables et à des bénéfices d’usage perceptibles par leurs occupants.